Etonnant, ce voyageur
Chers lecteurs/lectrices, après plus de sept mois d’absence, me voici de retour. Il fallait laisser couler le temps, après le 12 janvier. Cette date qui nous impose le devoir de vivre autrement, d’être autrement… parler littérature autrement. Sept mois après mon dernier texte posté, me re-voici dans un exercice de réalité-fiction pour saluer la mémoire d’une foule partie sans son droit de nous dire au revoir, avec le 12 janvier.
A la mémoire de :
Jeff, Lissa, Jimmy et Samantha
Sorry! Je n’ai plus d’histoire à te conter. J’ai la mémoire coincée parmi cette foule dédiée aux fosses communes qu’il ne te fallait pas voir. Et mon cœur, ma passion, mon amour, ma sensibilité et mes rêves les plus fous s’en vont avec elle. Je dois donc te quitter. Ici, franchement, plus rien n’est sûr. Même pas de mourir un jour. Ca se peut qu’on soit gaspillé, mais pas mourir. Gaspiller comme cette foule qui s’en va sans son droit de nous regarder. De nous dire adieu. Cette foule qu’on va basculer comme des grains de sable. Cette foule qui enfin ne sera plus foule mais n’importe quoi.
Je sais. Partir est toujours triste, mon enfant, sauf quand on est gaspillé. Gaspiller comme cette foule. Mais je dois le faire. Toi, petite, au contraire, il faut que tu restes. Reste là ! en sachant qu’aujourd’hui tu n’es plus une petite fille. On est grande fille, pas par le nombre de jour qu’on a vécu mais, par la somme des choses qu’on a pu voir, entendre ou vivre. La durée importe peu. Toi, 35 secondes te suffisent pour être grande. Celles-là qui t’ont enlevées ta mère, ton père, tes trois frères, tes deux sœurs, ta maison et qui te laissent estropier ce jour de tes douze ans. Elles t’ont aussi grandie. A ton insu. Mais quand même. Et quand on est grande fille, même estropiée, on ne l’est pas pour en rien faire. On l’est pour amalgamer à son sens, à son goût et à son rythme ses rires, ses pleurs, ses chagrins, sa joie. Toutes ces émotions qui nous tuent et qui nous rendent éternels.
Je dois te laisser car je n’ai pas de mémoire pour faire des histoires à une grande fille ayant, maintenant, sa propre histoire. C’est décider. Je pars. Mais tu ne seras pas seule, parce qu’ici nous sommes une manifestation de gens seuls. Seul pour cette foule qui s’en va avec le camionneur du SMCRS. Seul, chacun pour soi. Seul, parce qu’on est tous des victimes. Victimes de ce voyageur qu’était passé te voir avec sa main pleine de rivière à offrir à tes yeux. A nos yeux.
Moi, mon manteau, ma canne, mon chapeau et ma pipe nous serons cinq aventuriers solitaires à prendre la route. Sans mot-dire. Sans se souvenir qu’un croisement de regard engendre toujours de fortes sensations. Une grande envie d’être.
Un jour, comme toi, mon enfant, j’avais fait la rencontre d’un voyageur au visage gentil et calme. Il nous invitait, moi et mon pays, à le suivre. Gentil voyageur, où veux-tu nous emmener ? lui disais-je, la voix toute innocente. Au pays des merveilles, avait-il répondu. On pourra voir Alice ? Oui, Alice est bien là-bas. J’avais à peu près ton âge. et mon pays ? Il était trop souffrant pour ne pas être un enfant. Naïfs, on s’était laissé aller. Le gentil voyageur portait des lunettes qui explicitaient d’avantage sa maturité. Sa voix était si douce que ses mots émergeaient à peine de son miel. On l’appelait papa, par affectivité, ou doc pour lui donner son rang tout naturellement. On faisait la route le cœur gai, derrière le gentil voyageur. Mais plus qu’on avançait sur la route, plus que le gentil voyageur se métamorphosait en méchant voyageur, jusqu’à faire de nous des otages. des prisonniers. Des kidnappés. Le méchant voyageur n’était seul quand il était venu nous voir, moi et mon pays. Il avait une bande invisible qui l’accompagnait. C’est d’elle qu’il tenait sa force et c’est de lui qu’elle tirait tout son pouvoir. Ils étaient interdépendants.
Trompés de bonne foi, on se rebellait contre le méchant voyageur. Oh oui! un enfant a le droit de se rebeller, s’il se sent victime. Comme on se sentait victime, moi et mon pays. Mais pour s’être fait rebelle, le méchant voyageur nous a tout fait voir, entendre et vivre, moi et mon pays. Tout. Tout ce qu’un enfant et un pays ne devraient ni voir, ni entendre, ni vivre. Et, c’est de là que je suis devenu un grand garçon. Et parce que j’étais devenu grand garçon, plus grand que mon pays trop souffrant pour ne pas être un enfant, je ne pouvais plus faire marche arrière. Ainsi, je me mettais à affronter le méchant voyageur et sa bande de loup, coup après coup, puis son fils qui n’avait même pas la tête d’un voyageur, ensuite ses disciples qui ne se veulent toujours pas ses disciples.
De 57 à aujourd’hui, mon enfant, j’ai combattu le bon combat. Des combats qui me rendent vieux. Trop vieux pour garder mon statut de combattant. Et mon pays ? Tout ca ne cesse de le rendre plus souffrant. Souffrant, pour être à jamais un enfant.
Je me sens coupable de tout ca. Coupable de n’avoir pas pu vaincre le méchant voyageur avant qu’il ait eu le temps de se faire des disciples. Des disciples qui font d’autres disciples pour achever mon pays et faire de moi sédentaire du chaos.
Petite, maintenant que tu deviens grande à la vitesse de la lumière. Grande comme je fus grand avant toi. Bats-toi pour toi, mais aussi contre toi pour qu’on ne fasse pas de toi un élément d’une des branches de l’arbre généalogique de mon méchant voyageur. Gare à toi, grande fille. Les méchants disciples plus méchants que mon méchant voyageur voudront bien se servir de toi, grande à la vitesse de la lumière, et de ta situation d’estropier pour qu’ils grimpent l’échelle sociale et politique sans toi et contre toi .
Je pars ! mais je te laisse avec mon pays. Mon pays qu’il te faut à tout prix retirer de sa caverne de souffrance, pour ne plus être un enfant. C’est une responsabilité qu’on ne donne qu’aux grandes filles. Grande comme tu l’es maintenant. Grande fille sans le vouloir. Grande fille quand même. Fais-le pour mon pays qui m’a vu résister mais au final vaincu. Je l’avoue !
Tu as aussi à te battre, grande fille, contre ton voyageur aussi méchant que les miens de 57 à aujourd’hui. Ton surprenant voyageur qui t’a dépourvu de tout, ce jour de tes douze ans. Même de ton droit de grandir comme il faut. Ton voyageur caméléon qui vous fait, toi et ton pays, prisonniers de vos larmes comme nous le sommes, moi et mon pays. Mon pays trop souffrant pour ne pas être cette poupée que tu portes sous les bras. Non, ce n’est pas une poupée, c’est ton pays ? Je savais. C’est aussi mon pays. Et c’est de ce pays que je te parle, petite. On a le même pays que les méchants voyageurs, disciples de mon méchant voyageur et collaborateurs du tien, ne cessent de maltraiter et d’humilier.
Ecoute-moi bien mon enfant. Sur la route derrière le gentil voyageur devenu méchant voyageur qui nous a fait voir, entendre et vivre, moi et mon pays, tout ce qu’un enfant et un pays ne devraient ni voir, ni entendre, ni vivre, j’étais devenu grand garçon sans mon pays. Aujourd’hui que toi tu deviens grande par la grâce ou le malheur de ce voyageur qu’était passé te voir avec sa main pleine de rivière à offrir à tes yeux et à nos yeux, sois grande fille avec et pour ton pays. Ainsi, tu auras la victoire pour toi, pour moi, pour notre pays, pour cette foule qui s’en va avec le camionneur du SMCRS, pour tous les voyageurs d’hier et d’aujourd’hui, pour tous les autres enfants qu’sont devenus grands comme nous et pour cette manifestation de gens seuls que nous avons formée.
Reste là grande fille !
Mais moi, je dois partir, pour te laisser le champ libre. Et, ta victoire fera de tes béquilles les plus belles de tous les trophées.
Jean Venel CASSEUS
Dans le monde littéraire francophone, Haïti est au nord. Et si on décide, un beau matin, d’y créer un G8, ce pays, logeant, en 2003, 52% d’analphabètes, serait, paradoxalement, mais sans nul doute, parmi les têtes de listes. Ce dit, l’année 2009 n’oserait me démentir. 
”Pwomès se dèt”, dit un vieux proverbe haïtien. Dans sa feuille de route de 14 pages, présentée le 19 novembre dernier, la nouvelle titulaire du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC), Marie Laurence Jocelyn-Lassègue, annonce de grands projets qui visent à donner à l’institution sa véritable raison d’être. Ses actions, précise-t-elle, vont embrasser la culture et la communication de manière plus équilibrée.
”Les citoyens de quelques zones résidentielles du centre de la commune de Pétion-Ville lancent un SOS aux autorités municipales en raison des bruits excessifs et assourdissants provoqués par des boîtes de nuit et des restaurants dansants. Ils qualifient d’inacceptable cette situation et menacent de recourir, si rien n’est fait, à la justice”, pouvait-on lire la semaine dernière dans les colonnes du journal ”Le Matin”. Qui pis est, les demoiselles, qui se respectent, ne circulent plus la nuit tombant. Les principales rues de la communes sont assaillies par les filles de joie .
Il ne se nomme pas Yvan Amar mais Evrard St-Amand. Il n’est pas sur RFI mais sur Caraïbes FM. Il n’a pas trente minutes d’antenne mais quatre vingt secondes. Il ne fait pas la promotion du Français mais expose les richesses et les subtilités d’une langue opprimée, marginalisée et humiliée : le Créole. Ce sont les mots de cette langue qu’il fait danser avec art et manière de l’autre bout des ondes à nos tympans. Cette langue créole qui se veut langue au coté de l’impérialisme français en Haïti. Cette langue qui est pourtant le seul et l’unique moyen de communication d’une grande majorité de la population.
L’ex-ministre haïtienne de l’Information et de la Culture du début des années 90, Marie Laurence Jocelin-Lassègue, revient au bercail. Elle se reinstalle chez elle. Après s’être battue durement pour le respect des droits de la femme en Haïti, l’ancienne trésorière de l’Association des Journalistes Haïtiens (AJH), Marie Laurence Jocelin-Lassègue, jusque là Ministre à la Condition Féminine et aux Droit de la Femme (MCFDF), a pris ce jeudi 12 novembre 2009 les rênes du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) en remplacement de Olsen Jean Julien.
” Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver ! ”. Ne m’en veux pas ! Je n’oserais jamais dire une telle connerie.
Hier, c’était l’auteure d’Adieu mon frère, Edwidge Danticat, qu’on a récompensée de 500.000 dollars américains pour son talent extraordinaire, son génie. Aujourd’hui, c’est à Dany Laferrière d’empocher une belle somme chez les Médicis grâce à son énigme retour à Petit-Goâve.
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