Etonnant, ce voyageur

25/07/2010 admin un commentaire

palaisChers lecteurs/lectrices, après plus de sept mois d’absence, me voici de retour. Il fallait laisser couler le temps, après le 12 janvier. Cette date qui nous impose le devoir de vivre autrement, d’être autrement… parler littérature autrement. Sept mois après mon dernier texte posté, me re-voici dans un exercice de réalité-fiction pour saluer la mémoire d’une foule partie sans son droit de nous  dire au revoir, avec le 12 janvier.

 

A la mémoire de :

Jeff, Lissa, Jimmy et Samantha

 

Sorry! Je n’ai plus d’histoire à te conter. J’ai la mémoire coincée parmi cette foule dédiée aux fosses communes qu’il ne te fallait pas voir. Et mon cœur, ma passion, mon amour, ma sensibilité et mes rêves les plus fous s’en vont avec elle. Je dois donc te quitter. Ici, franchement, plus rien n’est sûr. Même pas de mourir un jour. Ca se peut qu’on soit gaspillé, mais pas mourir. Gaspiller comme cette foule qui s’en va sans son droit de nous regarder. De nous dire adieu. Cette foule qu’on va basculer comme des grains de sable. Cette foule qui enfin  ne sera plus foule mais n’importe quoi.

 Je sais. Partir est toujours triste, mon enfant, sauf quand on est gaspillé. Gaspiller comme cette foule. Mais je dois le faire. Toi, petite, au contraire, il faut que tu restes. Reste là ! en sachant qu’aujourd’hui tu n’es plus une petite fille. On est grande fille, pas par le nombre de jour qu’on a vécu mais, par la somme des choses qu’on a pu voir, entendre ou vivre. La durée importe peu. Toi, 35 secondes te suffisent pour être grande. Celles-là qui t’ont enlevées ta mère, ton père, tes trois frères, tes deux sœurs, ta maison et qui te laissent estropier ce jour de tes douze ans. Elles t’ont aussi grandie. A ton insu. Mais quand même. Et quand on est grande fille, même estropiée, on ne l’est pas pour en rien faire. On l’est pour amalgamer à son sens, à son goût et à son rythme  ses rires, ses pleurs, ses chagrins,  sa joie. Toutes ces émotions qui nous tuent et qui nous rendent éternels.

Je dois te laisser car je n’ai pas de mémoire pour faire des histoires à une grande fille ayant, maintenant, sa propre histoire. C’est décider. Je pars. Mais tu ne seras pas seule, parce qu’ici nous sommes une manifestation de gens seuls. Seul pour cette foule qui s’en va avec le camionneur du SMCRS. Seul, chacun pour soi. Seul, parce qu’on est tous des victimes. Victimes de ce voyageur qu’était passé te voir avec sa main pleine de rivière à offrir à tes yeux. A nos yeux.

Moi, mon manteau, ma canne, mon chapeau et ma pipe nous serons cinq aventuriers solitaires à prendre la route. Sans mot-dire. Sans se souvenir qu’un croisement de regard engendre toujours de fortes sensations. Une grande envie d’être.

Un jour, comme toi, mon enfant, j’avais fait la rencontre d’un voyageur au visage gentil et calme. Il nous invitait, moi et mon pays, à le suivre. Gentil voyageur, où veux-tu nous emmener ? lui disais-je, la voix toute innocente. Au pays des merveilles, avait-il répondu. On pourra voir Alice ? Oui, Alice est bien là-bas. J’avais à peu près ton âge. et mon pays ? Il était trop souffrant pour ne pas être un enfant. Naïfs, on s’était laissé aller. Le gentil voyageur portait des lunettes qui explicitaient d’avantage sa maturité. Sa voix était si douce que ses mots émergeaient à peine de son miel. On l’appelait papa, par affectivité, ou doc pour lui donner son rang tout naturellement. On faisait la route le cœur gai, derrière le gentil voyageur. Mais plus qu’on avançait sur la route, plus que le gentil voyageur se métamorphosait en méchant voyageur, jusqu’à faire de nous des otages. des prisonniers. Des kidnappés. Le méchant voyageur n’était seul quand il était venu nous voir, moi et mon pays. Il avait une bande invisible qui l’accompagnait. C’est d’elle qu’il tenait sa force et c’est de lui qu’elle tirait tout son pouvoir. Ils étaient interdépendants.

Trompés de bonne foi, on se rebellait contre le méchant voyageur.  Oh oui! un enfant a le droit de se rebeller, s’il se sent victime. Comme on se sentait victime, moi et mon pays. Mais pour s’être fait rebelle, le méchant voyageur nous a tout fait voir, entendre et vivre, moi et mon pays. Tout. Tout ce qu’un enfant et un pays ne devraient ni voir, ni entendre, ni vivre. Et, c’est de là que je suis devenu un grand garçon. Et parce que j’étais devenu grand garçon, plus grand que mon pays trop souffrant pour ne pas être un enfant, je ne pouvais plus faire marche arrière. Ainsi, je me mettais à affronter le méchant voyageur et sa bande de loup, coup après coup, puis son fils qui n’avait même pas la tête d’un voyageur, ensuite ses disciples qui ne se veulent toujours pas ses disciples.

De 57 à aujourd’hui, mon enfant, j’ai combattu le bon combat. Des combats qui me rendent vieux. Trop vieux pour garder mon statut de combattant. Et mon pays ? Tout ca ne cesse de le rendre plus souffrant. Souffrant, pour être à jamais un enfant.

Je me sens coupable de tout ca. Coupable de n’avoir pas pu vaincre le méchant voyageur avant qu’il ait eu le temps de se faire des disciples. Des disciples qui font d’autres disciples pour achever mon pays et faire de moi sédentaire du chaos.

Petite, maintenant que tu deviens grande à la vitesse de la lumière. Grande comme je fus grand avant toi. Bats-toi pour toi, mais aussi contre toi pour qu’on ne fasse pas de toi un élément d’une des branches de l’arbre généalogique de mon méchant voyageur. Gare à toi, grande fille. Les méchants disciples plus méchants que mon méchant voyageur voudront bien se servir de toi, grande à la vitesse de la lumière, et de ta situation d’estropier pour qu’ils grimpent l’échelle sociale et politique sans toi et contre toi .

Je pars ! mais je te laisse avec mon pays. Mon pays qu’il te faut à tout prix retirer de sa caverne de souffrance, pour ne plus être un enfant. C’est une responsabilité qu’on ne donne qu’aux  grandes filles. Grande comme tu l’es maintenant. Grande fille sans le vouloir. Grande fille quand même. Fais-le pour mon pays qui m’a vu résister mais au final vaincu. Je l’avoue !

Tu as aussi à te battre, grande fille, contre ton voyageur  aussi méchant que les miens de 57 à aujourd’hui. Ton surprenant voyageur qui t’a dépourvu de tout, ce jour de tes douze ans. Même de ton droit de grandir comme il faut. Ton voyageur caméléon qui vous fait, toi et ton pays, prisonniers de vos larmes comme nous le sommes, moi et mon pays. Mon pays trop souffrant pour ne pas être cette poupée que tu portes sous les bras. Non, ce n’est pas une poupée, c’est ton pays ? Je savais. C’est aussi mon pays. Et c’est de ce pays que je te parle, petite. On a le même pays que les méchants voyageurs, disciples de mon méchant voyageur et collaborateurs du tien, ne cessent de maltraiter et d’humilier.

Ecoute-moi bien mon enfant. Sur la route derrière le gentil voyageur devenu méchant voyageur qui nous a fait voir, entendre et vivre, moi et mon pays, tout ce qu’un enfant et un pays ne devraient ni voir, ni entendre, ni vivre, j’étais devenu grand garçon sans mon pays. Aujourd’hui que toi tu deviens grande par la grâce ou le malheur de ce voyageur qu’était passé te voir avec sa main pleine de rivière à offrir à tes yeux  et à nos yeux, sois grande fille avec et pour ton pays. Ainsi, tu auras la victoire pour toi, pour moi, pour notre pays, pour cette foule qui s’en va avec le camionneur du SMCRS, pour tous les voyageurs d’hier et d’aujourd’hui, pour tous les autres enfants qu’sont devenus grands comme nous et pour cette manifestation de gens seuls que nous avons formée.

 Reste là grande fille !

Mais moi, je dois partir, pour te laisser le champ libre. Et, ta victoire fera de tes béquilles les plus belles de tous les trophées.

Jean Venel CASSEUS

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La valse des prix et du mépris

06/12/2009 admin un commentaire

Haiti mapDans le monde littéraire francophone, Haïti est au nord. Et si on décide, un beau matin, d’y créer un G8, ce pays, logeant, en 2003, 52% d’analphabètes, serait, paradoxalement, mais sans nul doute, parmi les têtes de listes. Ce dit, l’année 2009 n’oserait me démentir.

Si quand même elle le tente, je lui citerais à haute voix les glorieux noms d’écrivains haïtiens, natifs et d’origine, qu’elle a vu plébisciter un peu partout dans le monde : Edwige Danticat, lauréate d’un des 24 prix des génies de la Fondation MacArthur, Dany Laferriere, Prix Médicis et Grand Prix de Montréal, Lyonel Trouillot, gagnant du Welper-Fondation La Poste, Dominique Batraville, distingué au concours international de poésie de la Porte des Poètes, Yanick Lahens, prix RFO du livre et du Salon du livre de Leipzig,  Louis Phillip Dalembert , boursier chez les ”Artists in Berlin Programme”, Emmelie Prophète, Co-gagnante du grand prix littéraire de l’ADELF, et Guy Junior Régis, prix ETC Caraïbe/Beaumarchais du meilleur texte francophone. Qui dit mieux ?

Classé 149ème au dernier tableau d’Indice de Développement Humain (IDH),  168ème dans la liste des moins corrompus sur 180 pays, Haïti, où vivent aussi actuellement 1.9 millions de personnes victimes d’insécurité alimentaire, peut valider, grâce à ses romanciers et poètes auréolés sur la scène littéraire internationale, l’authenticité de l’adage voulant qu’il n’y ait jamais de peine sans secours.

Pour moi, un roman c’est un grand reportage réalisé par une personne dont l’imaginaire fertile prend sa forme et son poids au palais de tout ce qui, dans la réalité, construit l’émotion et la spontanéité de cette personne. En ce sens, ce qui me parait intéressant de saisir dans les différents romans haïtiens distingués cette année, c’est la dominance du thème marche-arrière.  Chacun d’eux essaie de conduire les lecteurs vers cette nécessité de retourner sur ses pas pour l’élan d’un saut vers le Médicis ou pour l’abandon tout carrément de sa condition d’être en acceptant le chaos.

Dans ‘’Adieu mon frère’’, Edwige Danticat retourne dans ses corsages de fille à oncle et papa pour revivre un espace où « très peu de choses avaient changé. Les mendiants estropiés étaient toujours alignés sur les marches de la cathédrale nationale, avec en face, les étals dispersés des marchands de livres d’occasion. Les porteuses d’eau transportaient toujours leurs seaux sur la tête. Les kiosques de loterie peints de couleurs vives vendaient toujours des centaines de billets à des rêveurs pleins d’espoir. Les demandeurs de visa s’agglutinaient toujours en rangs serrés aux portes du consulat américain.

La rue de mon oncle était maintenant bordée de bâtisses en béton inachevées aux formes étranges. Les ruelles étaient en piteux état et emplies d’ordures. Cependant, lorsqu’il me montra sa liste de victimes écrites en caractères si minuscules qu’il dut m’aider à les déchiffrer, tout ce que je vis fut Jonas, Gladys, Samuel et les centaines d’hommes et de femmes qui étaient morts, leurs corps mutilés pourrissant pour l’éternité sous le soleil brulant. » (Extrait de Adieu mon frère P. 182)

Ce roman d’Edwige est tapé sur un ordinateur ou écrit sur une feuille en Amérique du nord tout comme ‘’L’Enigme du retour’’ de Dany Laferrière presque dans la même période. Guidées par une muse commune, leurs démarches se ressemblent.

‘’L’énigme du retour’’ est un roman-roots qui file à Dany ses premières couchettes :  ‘’Une nuit que je dormais près d’elle (sa mère), je l’ai entendue murmurer qu’elle aimerait bien toucher une dernière fois son visage (parlant de son père). ‘’

Lyonel Trouillot, écrivain du dedans, qui a fait des études de Droit, préfère lui, dans son ‘’Yanvalou pour Charlie’’, revisiter les pas qui font de lui l’homme qu’il est dans la peau du jeune avocat ambitieux Mathurin D. Saint-Fort. Ce retour lui permet de constater combien ‘’Le sol sec et pierreux ne garde pas souvenir de la bonne terre arable qui descend vers la mer ‘’.

Yanick Lahens se retourne, elle aussi, vers des pas, dans ‘’La couleur de l’aube’’. Mais ceux d’un frère qui ‘’ n’est pas rentré et toute la nuit les tirs n’ont cessé de gronder au loin…. ‘’. C’est, donc, entre l’espoir et le désespoir qu’à travers ses héroïnes, elle fait son voyage comme un archéologue.

Emmelie Prophète, de son coté, fait un retour dans l’âme pour se (re) définir à travers ‘’Le Testament des solitudes’’ : ‘’J’ai trop souvent changé de peau et de conviction, trop souvent changé d’épaule et d’amour’’.

Dès fois dans la vie, il faut savoir (un homme, une femme ou un pays) rendre utile son rétroviseur. Sinon le long des kilomètres, il se peut qu’on perde la mémoire de ses objectifs qui peuvent-être, entre autres, de ‘’ coller une route floridienne (…) à une route dégradée d’un quartier de Port-au-Prince ‘’.’Le Testament des solitudes’’ témoigne bien l’obligation de regarder, certaine fois, dernière soi pour mieux voir l’avenir.

Regardons l’avenir

Aujourd’hui, la moisson est belle pour la génération des écrivains haïtiens de plus de 35 ans. Ils sont présents dans toutes les grandes manifestations socioculturelles francophones. Ils parviennent même à  s’installer, sans complexe, dans le fauteuil des grands parmi les grands de la littérature mondiale : On dit que frankétienne est nobélisable ; Jean Claude Fignolé, qui publie chez Seuil, n’est pas trop loin du Goncourt; etc.

Mais en même temps, dans la pratique quotidienne de la génération des haïtiens de moins de 35 ans, la littérature est presqu’au point mort. Si l’on excepte James Noel qui s’adonne corps et âme à une production littéraire valable -poésie jusqu’ici-, on peut se demander de quelle couleur sera la littérature haïtienne de demain. Certes qu’il y a pas mal de jeunes qui publient par-ci et par-là à compte d’auteur, mais, reste à évaluer la qualité de leurs œuvres, leurs backgrounds de lecture et leurs compréhensions de l’espace littéraire. De la passoire, on aura qu’une goutte de jus d’éléments prometteurs, diraient plus d’un. Car dans cette ambiance d’écrivains haïtiens honorés à l’extérieur, le jury du prix Deschamps, vieille de plus de 30 ans, a annoncé cette année qu’aucun livre digne d’être primé n’a été soumis à son appréciation.

Qui pis est, cette même raison, confirment d’autres, les a déjà découragé comme incitateurs de prix dans le paysage littéraire haïtien. Garry Victor du Prix Jacques Stephen Alexis pour la Nouvelle et Willems Edouard des prix Presses Nationales d’Haïti sont des exemples.

D’où le mépris. Le mépris pour une production littéraire de qualité parmi les jeunes, si l’on croit les critiques formant les jurys des prix en Haïti. Moi, je les crois, en attendant, bien entendu, l’Alain Bosquet* qui viendra en ophtalmologue prescrire des verres à ces critiques parce qu’ils n’ont pas pu remarquer qu’il y a des génies parmi nous. S’il y en a !


*Alain Bosquet : écrivain et critique littéraire français qui le premier a reconnu le génie de Davertige, poète de 22 ans en 1962, auteur d’Idem, qui a été pourtant rejeté par ses compatriotes critiques. « Il arrive, une fois tous les dix ans et peut-être moins, qu’en lisant un poète inconnu on reçoive un choc qui, soudain, vous fait éprouver la différence entre la littérature appliquée, intelligente, digne de tous les éloges, et le génie à l’état sauvage » (Un Séisme : Davertige de Alain Bosquet, Le Monde, 17 aout 1963)

 


Jean Venel Cass
éus

Réginald Lubin intègre la Famille des Pitite-Caille !

Reginald LubinQuel haïtien d’aujourd’hui de la République de Port-au-Prince, d’en dehors ou de la diaspora ne connait pas ou n’a pas entendu parler de Réginald Lubin? Cet homme qui fait partie de ceux-là qui rendent le stéthoscope jaloux du microphone. Il est très populaire, comme Eliézer le fut, et très aimé de la gente féminine, comme le fut Damvala, ce Reginald Lubin. Sauf qu’il n’est pas -ou pas encore- un candidat à la députation et n’a non plus, jusqu’à preuve du contraire, aucune colonie d’enfants. Lol.


Si Justin Lhérisson,éminent écrivain haïtien, a pu attirer vers lui, dans son tombeau, ses paroles de la Dessalinienne, son œuvre maitresse,  ‘‘La famille des Pitite-Caille”, publié en 1905, elle, ne s’est pas laissé faire. La preuve, l’atelier COPART l’a présentée en spectacle-marionnette vivant à la sixième édition du festival de théâtre ‘’Quatre Chemins’’ et le producteur, acteur, réalisateur, docteur Réginald Lubin, de son coté, vient de l’offrir en version audio à effet de DHEA*.

Tout ça tombe bien, car nous sommes, en Haïti, à la veille d’une année électorale 2010 qui s’annonce très difficile, estiment même les plus optimistes.

Cette remise en évidence de la famille des Pitite-Caille veut, on dirait, nous attirer l’attention, une fois de plus, sur le fait que nous vivons l’éternel recommencement. Ce qui revient à dire que notre histoire, bien qu’elle change de forme et de format  de temps en temps, reste toujours la même.

La plume de Justin Lhérisson nous raconte l’histoire d’une déchéance familiale avec la politique comme toile de fond.  Le premier de la lignée des Pitite-Caille (”enfant de la maison”) était Damvala, un jeune esclave adopté par ses maîtres stériles, qui meurt en 1838 laissant 69 enfants, mais un seul fils légitime, Eliézer. Celui-ci se marie avec une tireuse de carte et sorcière martiniquaise, Velléda. Enrichis, ils font un voyage en France. De retour à Port-au-Prince, ils mettent au monde beaucoup d’enfants. Mais, seulement deux d’entre eux survivent, Etienne et Lucine qui font leurs études à Paris.

Poursuivant son ascension sociale, devenu franc-maçon, Eliézer brigue la députation. Il recrute Boutenègre, un “chef de bouquement” (agent électoral). Grâce à ses libéralités, Eliézer voit sa popularité augmenter. Mais au cours d’une émeute, il est mis en prison et meurt à la suite d’un interrogatoire. Lucine, sa fille, épouse un homme qui la trompe, la vole et la fait mourir en couches ; Etienne, son fils, se ruine. Quant à Velléda, sa femme, elle devient l’une des cinquante maîtresses du général Pheuil Lamboy.

Bon nombre d’haïtiens devraient connaitre l’histoire de ”La famille des Pitite-Caille” qu’on présente à l’école, mais je n’en suis pas sûr. C’est d’ailleurs ce qui pousse Réginald Lubin à lui prêter la popularité de sa voix.

Un Coup bien Conter (compter)…

De l’avis des critiques les plus importants, Réginald Lubin, l’acteur haïtien le plus connu (sans nul doute), ne sait que jouer sa propre personne devant la caméra : gentlemen, beau parleur, personnalité de premier rang… Ce grand monsieur ne laisse jamais tomber ses beaux costumes comme Denzel Washigton et Samuel L. Jackson, l’homme-métamorphose, savent le faire avec brio, alors que l’acting est un dépassement de soi, de ses reflexes et de son quotidien. Mais en écoutant sa version audio de ”La Famille des Pitite-Caille”, l’on peut se demander si vrai que c’est Réginald qui campe avec autant d’art boutenègre et les commères envieuses du statut de Velléda.

A travers l’écrit de Lhérisson, l’homme qui n’a pas peur d’aimer nous fait découvrir chez lui un grand talent de conteur. Si c’est un coup, il le réussit bien, même quand son personnage Eliézer Pitite-Caille n’est pas livré 5 sur 5 véritablement. En tout cas, ceci n’empêche pas cela.

L’histoire des Pitite-Caille est si bien portée par Réginald Lubin que les deux CDs du coffret invitent à les écouter en famille. Piste par piste, le suspens est captivant jusqu’à forcer l’auditeur à déplorer la mort d’Eliézer, critiquer le manque de valeur des enfants et de la femme du défunt, cracher sur les réalités de la politique haïtienne comme s’il s’agissait d’un fait à la une de l’actualité d’aujourd’hui.

… Peut-être mal calculer

En diffusant sur CD la Famille des Pitite-Caille, Réginald Lubin dit se donner deux objectifs :
1.- Ramener les enfants vers les livres,
2.- Créer un effet de miroir dans la société.

Précieux. Mais le Compact Disque est-ce le meilleur support pouvant lui aider à parvenir à ces fins ? Le projet, ne serait-il pas plus coulant, si son porteur préférait l’audiovisuel à l’audio?  Aujourd’hui, nul n’est sans savoir que même la plus piètre réalisation cinématographique haïtienne a plus d’audience que le fameux album de Wooly St-Louis Jean, ”Quand la parole se fait chanson”, pour rester en relation directe avec la littérature.

Il est fort probable que Réginald Lubin rate, dans ce projet, le cœur de son cible : les jeunes écoliers. Naturellement, ils ont trop de super hits américains et de Rap Kreyòl à insérer dans la playlist de leurs iPods pour qu’il y ait de place pour ‘’La famille des Pitite-Caille.’’

A presque un mois de la vente signature de ce beau travail, j’ai pu réaliser, à travers une petite enquête, que seuls les amis de l’auteur, certains amants de la littérature et des journalistes culturels ont écho de l’œuvre ou en possèdent une copie. Alors qu’avec de bons acteurs, un film titré ‘’La famille des Pitite-Caille’’ de Réginald Lubin dépasserait déjà les murs et les vagues de nos frontières à l’instar du chef-d’œuvre ”Pouki se mwen.”

Oups ! Voici donc une idée géniale, cher (s) cinéaste (s) ! Puisqu’elle se retourne sur elle-même, notre histoire. Faites-moi voir ‘’La famille des Pitite-Caille’’ de Justin Lhérisson, ‘’Les simulacres’’ de Fernand Hilbert, ‘’Thémistocle-Épaminondas Labasterre’’ de Fréderic Marcelin, ‘’Léa Cocoye’’ de Maurice Sixto, pour ne citer que ceux-là. Des œuvres qui sont, en réalité, de véritables photos-textes dont plus d’un ignorent aujourd’hui encore l’existence ou l’importance. Et vous rendrez surement, par ce geste, un service d’une noblesse bien plus étoffée à la société et  à l’intelligence !



*DHEA : hormone antivieillissement.

Jean Venel CASSEUS

Les dettes de Marie Laurence Jocelyn-Lassègue

22/11/2009 admin 3 commentaires

Marie Laurence Jocelyn Lassegue”Pwomès se dèt”, dit un vieux proverbe haïtien. Dans sa feuille de route de 14 pages, présentée le 19 novembre dernier, la nouvelle titulaire du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC), Marie Laurence Jocelyn-Lassègue, annonce de grands projets qui visent à donner à l’institution sa véritable raison d’être. Ses actions, précise-t-elle, vont embrasser la culture et la communication de manière plus équilibrée.

Le Ministère de la Culture et de la Communication compte remplir les missions suivantes : la promotion et le développement d’une culture qui colporte des valeurs fondatrices de la société haïtienne et de sa relation avec la civilisation universelle ; le développement de la création nationale et des pratiques artistiques ; la protection, la conservation et la valorisation du patrimoine culturel et artistique national (matériel et immatériel) ; l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie de rayonnement de la culture haïtienne dans ses échanges avec les autres cultures et d’une politique de communication qui stimule la culture de la transparence.

Ce dernier point est capital dans la vie du Ministère de la Culture et de la Communication qui a vu en 2007 le naufrage de son chef d’alors, l’architecte Daniel Elie, devant la chambre basse pour manque de clarté dans son rapport de gestion du budget du carnaval ”Solèy leve” .

S’il faut croire la ministre Lassègue, les missions qu’elle se fixe ne sont pas impossibles. Pour les réussir, elle envisage, coté communication,  de mettre sur pied une Agence Gouvernementale d’information (AGI), d’élaborer un plan de communication gouvernementale, de renforcer les services de presse des différents ministères,  de resserrer les liens entre son ministère et le CONATEL, de moderniser la radio et la télévision nationale, de publier une revue trimestrielle, de dynamiser le site web du ministère, d’organiser un point de presse hebdomadaire… La machine communication de Marie Laurence Jocelyn-Lassègue s’apprête à prendre la route à cent mille à l’heure vers une année 2010 électorale qui ne sera pas des moins difficiles, semble-t-il, sur le plan sociopolitique.

Coté culture, le ministère entend saisir le secteur culturel comme étant une richesse à gérer et à redistribuer mais non point comme un produit de luxe que l’Etat paierait aux initiés. En ce sens, elle compte développer un partenariat avec les ministères, mairies et conseils régionaux afin de cibler et d’évaluer les ressources disponibles.

La nouvelle administration du Ministère de la Culture et de la Communication constate, comme le commun des mortels, que les bibliothèques, les salles de spectacle, musées et salles d’expositions sont rares sur le territoire et qu’aucune reconnaissance n’est faite des équipements traditionnels comme les gaguères et les péristyles dont nous disposons. Pour remédier à cette situation, elle décide de réhabiliter rapidement les auditoriums des différents  lycées de la République, de rendre fonctionnel le Centre Culturel du Champ de Mars (ex Ciné Triomphe), de rénover les Centres de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC), de former des jeunes aux métiers d’animation et de gestion d’espaces culturels, de financer les initiatives des groupes culturels…

Pour atterrir toutes ses promesses, Madame Lassegue comprend qu’il lui faut, par-dessus tout, qu’elle s’occupe de la santé du ministère lui-même comme institution. En dix ans d’existence, le ministère de la Culture et de la Communication ne s’est jamais doté  d’une loi organique, l’outil indispensable pour sa bonne relation avec le reste du monde, affirme-t-elle. Il s’agit là de l’un de ses défis majeurs. Pour ce faire, le Ministère projette de demander au gouvernement de redéfinir, de manière précise, le concept de tutelle et d’indiquer ses champs et modes d’applications.

Cette demande est bien de mise puisque, avant son départ, le prédécesseur de Madame Lassègue lui avait signalé que les douze organismes qui sont sous la tutelle du ministère sont cloisonnés dans leurs spécificités décisionnelles et de leurs précarités.

Si l’on veut rester dans la logique qu’un responsable d’Etat a l’obligation de respecter ses mots, pour son mandat d’une année et quelque mois environ à la tête du MCC, Marie Laurence Jocelyn-Lassègue se lance dans une grande guerre avec à sa disposition une enveloppe de 741 million 294 mille 296  Gourdes, représentant 0,83% du budget national pour l’exercice fiscal en cours. De ce montant, les 23,3%  qui sont destinés à l’investissement concernent uniquement les services internes du ministère (82 million 680 mille 800 Gourdes), les Archives Nationales (78 million gourdes) et  la Télévision Nationale (12 million 461 mille 424 Gourdes). Le reste est à absorber par les dépenses courantes de l’institution.

Par rapport à toutes ces données, on est en droit de se demander si les promesses faites par la nouvelle administration du Ministère de la Culture et de la Communication ne relèvent pas de la pure fantaisie. Tenant compte des faits, ce ministère a-t-il les moyens adéquats pour atteindre des objectifs aussi ambitieux dans un an? Sinon, on est au cœur de l’utopie qui, en fait, n’est pas toujours un mauvais choix en politique.

Jean Venel CASSEUS

 

Pétion-ville : welcome to the sex-city

18/11/2009 admin 3 commentaires

Prostitution”Les citoyens de quelques zones résidentielles du centre de la commune de Pétion-Ville lancent un SOS aux autorités municipales en raison des bruits excessifs et assourdissants provoqués par des boîtes de nuit et des restaurants dansants. Ils qualifient d’inacceptable cette situation et menacent de recourir, si rien n’est fait, à la justice”, pouvait-on lire la semaine dernière dans les colonnes du journal ”Le Matin”. Qui pis est, les demoiselles, qui se respectent, ne circulent plus la nuit tombant. Les principales rues de la communes sont assaillies par  les filles de joie .

Depuis 2004, le cœur de Pétion-ville bat à haut rythme et vit à deux temps : les grands commerces, qui se sont déplacés de Port-au-Prince, l’animent entre 8hres et 18hres. Les discothèques, babel de toutes les abominations, Night-clubs et les resto-bars prennent la relève à partir de 19h.

A Pétion-ville, la nuit, les chats sont gris. A chaque coin, son système de métamorphose. A chaque personne, sa définition de la morale.

Pétion-Ville. Jeudi, 7hres 10 PM. Les voitures et les 4×4 stationnent le long des rues. Les filles en mini-mini jupes exposent presqu’à nu leurs ”produits”.  Elles s’installent à leurs points de référencement. Dans ce petit monde qui est en train de se créer autour d’elles, tout est mélangé. On ne distingue plus les maisons habitables et les boites de nuit. Les enfants et les adultes. Les hommes et les femmes. Au fur et à mesure que la nuit s’étale, on a du mal à dissocier les gens aux choses. Le nord au sud. Le bruit et la musique…Pétion-ville gronde. Pétion-ville s’agonise.

Ceci n’est ni le synopsis du prochain film de Jack Roc ni un extrait de  ‘’Rue des pas perdus’’  de Lyonel Trouillot. Ce n’est qu’une triste photographie d’une ville en perte croissante de pudeur. Face à cette situation, me semble-t-il, d’une gravité inquiétante pour l’avenir de la commune,  les responsables de la municipalité ont l’urgence d’insérer dans leur organigramme une direction de régulation des mœurs et des pratiques illicites pour montrer aux autres qu’ils ont la volonté de reconquérir les grandes valeurs de la cité.  

Aujourd’hui, Pétion-Ville n’est plus cette ville que les citoyens, en quête de fraicheur, étaient venus habiter à la deuxième moitié du XIXème siècle. Non plus, un lieu de villégiature et de grande société. La ville est devenue un tableau où la misère, l’argent, la prostitution, la drogue, l’homosexualité…s’entremêlent avec fluidité. Une ville cupide.

Mais où lire à Pétion-ville ?

Nulle part. Sinon chez-soi. Les Pétion-villois ont besoin de traverser au moins cinq kilomètres pour avoir accès à un espace publique de lecture.

Dans leur dialogue inter commune, Pétion-ville dit, on dirait, à Port-au-Prince : ”Donne-moi tes prestigieux bordels, garde-toi les bibliothèques publiques”. Et, le plus naturellement possible, les ambianceurs port-au-princiens montent. Les amis du savoir Pétion-villois descendent.

Les 137.97 km2 de Pétion-Ville ne logent actuellement aucune bibliothèque publique pour offrir à ses fils et filles la proximité des grands penseurs, littérateurs, analystes, philosophes et autres afin qu’ils puissent eux-mêmes développer leurs propres visions des choses, construire un discours bien articulé par rapport à leur réalité dans un souci de transformation réelle de celle-ci.

Une bibliothèque est un dépôt de connaissances rangées avec méthode. En offrir une à une communauté, à sa jeunesse principalement, pensé-je, c’est s’inscrire en bon partisan d’hommes et de femmes éclairés dans ce monde.

C’est malheureux qu’à Pétion-Ville, comme dans la majeure partie du pays, on ne comprend pas qu’une bibliothèque est aussi un des besoins sociaux de base. En plus de donner accès à toutes les conceptions de l’humanité, elle a la responsabilité, à travers ses programmes d’animations culturelles, de permettre aux membres d’une population de communiquer, d’apprécier les mérites de l’un et de l’autre, de réfléchir sur leur situation etc.

SOS pour, au moins, l’aménagement d’une bibliothèque publique ou la concrétisation d’un centre culturel dans la commune de Pétion-ville au coeur de cette mer de bordels. Sinon l’intelligence, le savoir-être et les valeurs morales des pétion-villois entreront, très probablement, dans une phase irréversible de bordélisation jamais vue dans l’histoire de cette commune au passé glorieux!

Jean Venel CASSEUS
3454-0501

An Kreyòl : la danse des mots d’Euvrard St-Amand

14/11/2009 admin 9 commentaires

Euvrard St ArmandIl ne se nomme pas Yvan Amar mais Evrard St-Amand. Il n’est pas sur RFI mais sur Caraïbes FM. Il n’a pas trente minutes d’antenne mais quatre vingt secondes. Il ne fait pas la promotion du Français mais expose les richesses et les subtilités d’une langue opprimée, marginalisée et humiliée : le Créole. Ce sont les mots de cette langue qu’il fait danser avec art et manière de l’autre bout des ondes à nos tympans.  Cette langue créole qui se veut langue au coté de l’impérialisme français en Haïti. Cette langue qui est pourtant le seul et l’unique moyen de communication d’une grande majorité de la population.

Tous les matins sur le 94.5 FM, avec An Kreyòl, Euvrard tente de nous rapprocher de la langue de nos ancêtres. Cette langue qui nous rend peuple mais qu’on repousse à grands coups de rejet et de mépris dans tous les étages de notre société. Voila ce qui explique notre problème d’être, notre incapacité à nous créer un cadre de vie humaine, notre déficit d’identité gravissime. Un déficit  qui engendre chez-nous, haïtiens, un problème de repère d’importance capitale nous empêchant de focaliser nos rêves.

Depuis l’indépendance, il nous est difficile de nous définir. Qui est l’haïtien ? Un africain, un américain, un français ou un créole ? A mon avis, seule la réponse à cette question est la base d’un réel développement pour Haïti.

En ce sens, la rubrique An Kreyòl du grand journal matinal de Caraïbes FM expose à l’appréciation de l’haïtien les dessus et les dessous du Créole afin qu’il puisse prendre conscience de l’importance de cette richesse homogène à son existence qu’il refuse d’explorer et d’exploiter pour son bien-être.

Cette problématique d’identité, d’être ou de refus de soi, qu’habite l’haïtien et qui explique le piétinement du créole est certainement à l’origine de toutes les querelles inter haïtiennes. Un jour ou l’autre, elle est capable de sauter le pays, si l’urgence de nous assoir autour des éléments qui nous servent de dénominateur commun – la langue créole en premier – n’est pas satisfaite. Cette démarche peut nous aider à affronter les murs des complexes qui s’érigent entre nous. Car, pire que l’économie, le bilinguisme créole-français segmente monstrueusement notre population. Nous ne sommes pas encore à l’heure des hutus et des Tutsis rwandais, mais pensons-y.

Lè yon Ayisyen pale kreyòl, yo di li pat al lekòl

Cette phrase pour introduire la rubrique est repérée par la production de Caraïbes FM dans l’un des morceaux du grand chanteur haïtien Jean Gesner Henry a.k.a Koupé Klouwé. Par ces quelques mots, le grand Koupe explique toute la sociologie haïtienne. Pas besoin de se casser la tête.

Pour nous autres haïtiens, l’école, espace de formation, est définie comme lieu de transformation des loups en l’Homme. Celui qui n’a pas la possibilité d’y fréquenter vit à l’état de nature au sens de Thomas Hobbes. ”A l’état de nature l’Homme est un loup pour l’Homme” écrivait ce dernier dans Léviathan, publié en 1651. Donc, pour l’haïtien, le créolophone purement et simplement est de ce type. Il faut le garder à distance. Il n’est pas l’haïtien qu’est l’haïtien qui sait s’exprimer en français.

En attendant la création de l’Académie Nationale de la Langue Maternelle comme l’exige la constitution haïtienne de 1987, An Kreyòl est en train de combattre toutes les mauvaises conceptions de l’haïtien par rapport à sa langue, par ricochet, à l’égard de sa propre personne.

Concise et précise dans sa présentation, la rubrique d’Euvrard St-Amand décortique les mots et les expressions créoles et les placent dans différents contextes d’utilisation pour une compréhension maximale de leurs portées. An Kreyòl, une initiative qui mérite d’être prise à sa juste valeur. 

Alors, qu’on donne à César ce qui lui appartient ! En pensant d’aborder et de communiquer la langue créole de cette manière à travers An Kreyòl, la programmation de caraïbes FM revendique sa nature créolophone, la tête altière, loin des discours et  des démarches démagogiques se voulant défenseurs de la malheureuse langue.

Jean Venel Casséus      

Marie Laurence Jocelin-Lassègue en territoire connu!

12/11/2009 admin un commentaire

Marie Laurence Jocelinb-LassegueL’ex-ministre haïtienne de l’Information et de la Culture du début des années 90, Marie Laurence Jocelin-Lassègue, revient au bercail.  Elle se reinstalle chez elle.  Après s’être battue durement pour le respect des droits de la femme en Haïti, l’ancienne trésorière de l’Association des Journalistes Haïtiens (AJH), Marie Laurence Jocelin-Lassègue, jusque là Ministre à la Condition Féminine et aux Droit de la Femme (MCFDF), a pris ce jeudi 12 novembre 2009 les rênes du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) en remplacement de Olsen Jean Julien.

Ce dernier se félicite de marquer, au sein de ce ministère, une différence en contribuant à l’amélioration effective des conditions d’une partie de la population et en prônant un mode de gouvernance scientifique du secteur.

Au nombre de ses réalisations pendant un an comme titulaire de ce ministère, Olsen Jean-Julien a mis l’emphase sur la construction de bibliothèques dans les lycées; la réhabilitation en partie les Lakou sacrés des Gonaïves; la création d’espaces de performance pour les jeunes et les artistes au cœur des lieux historiques ;  l’initiation à un travail de concertation avec différents secteurs dont l’Université, le commerce et l’industrie; le développement d’un cadre normatif ayant abouti à la ratification de quatre conventions majeures de l’UNESCO

Olsen s’en va, laissant un ministère ‘’sans autorité, ou presque, sur ses douze organismes autonomes cloisonnés dans leurs spécificités décisionnelles et de leurs précarités” regrette-t-il. Mais forte de ses expériences de femme d’Etat, Marie Laurence Jocelin-Lassègue semble n’etre nullement ebranlée par l’enormité des taches qui l’attendent. ‘’Je ne vais pas réinventer la roue ‘’, martèle-t-elle.  La nouvelle ministre promet de renforcer les réalisations de ses prédécesseurs tout en se mettant à l’écoute de leurs précieux conseils.

Dans ce gouvernement Préval-Bellerive, madame Jocelin-Lassegue sait qu’elle a un devoir de résultat en matière d’information et de Communication dans un pays où l’équilibre culture, communication et information n’a jamais été possible. Man Lolo, comme on l’appelle couramment, ouvre ses bras aux associations de presse et salue la mémoire des journalistes martyres Yvonne Hakim Rimpel, Brignol Lindor et Jean Dominique. Elle promet transparence et une bonne communication des dépenses des fonds qui seront alloués à son ministère.

Aux artistes, la nouvelle patronne de la culture promet de travailler aux renforcements des entités autonomes et de la création artistique.

Apparemment plus communicatrice qu’artiste, l’ancienne professeure au lycée français de Kinshasa aura beaucoup à prouver au courant de  l’année électorale de 2010.

Jean Venel CASSEUS

Décentraliser les livres et les auteurs. Vingt fois sur le métier !

11/11/2009 admin un commentaire

livrevenelDécentraliser les livres, c’est libérer l’accès au savoir ! Toutes les initiatives s’orientant vers cette dynamique méritent d’être encouragées et appréciées. Je veux par là tendre la main à mon ami Clément Benoit, directeur-fondateur de la bibliothèque Georges Castra à Limbé, qui, dans un souci de partage, a créé, en juillet 2002, la caravane ”Livres en Liberté” : un concept livre-distribution intéressant qui traine les auteurs vers leurs lecteurs des villes de province.

L’expérience ”Livres en Liberté” a déjà visité les Cayes, Cap-Haitien, Jérémie, La Gonâve, Plaisance du Nord, Petit Trou de Nippes, Corail, Aquin… L’Université Valparaiso et l’Ecole Immaculée Conception de Port-de-Paix seront le prochain stop de la machine à Clément Benoit, les 28 et 29 novembre prochain.

C’est la vingtième édition de ”Livres en Liberté” que la cité Capois La Mort aura à accueillir. De fait, Vingt auteurs y prendront part dont l’écrivaine Evelyne Trouillot, l’invitée d’honneur.

Entre autres activités, la vingtième édition réunira d’importantes personnalités et des jeunes de la ville dans des ateliers de travail pour propager le gout de la lecture et de l’écriture. C’est une expérience qui porte déjà ses fruits dans différents coins du pays, soutient l’initiateur de ”Livres en Liberté”

Aussi, ”Livres en Liberté” aura-t-elle une petite note de cinéma avec le scénariste-acteur haïtien Smoye Noisy sur la problématique des salles de cinéma dans le pays.

Livres en Liberté : qui lui tend la main pour sa pérennisation?

Coté public, ”Livres en Liberté” se passe de présentation comme son ainé Port-au-Princien ”Livres en Folie”. Mais malgré un consensus entre l’organisateur et les auteurs pour réduire au plus bas le prix des livres, le pouvoir d’achat des populations en-dehors fait toujours défaut à la vente des ouvrages. Ce qui revient à dire que le volet commercial de l’activité n’atterrit pas. Livres en liberté est donc un sacerdoce qui nécessite, cependant, le support de tout un chacun pour sa survie.

Paradoxe. Cette grande initiative qui vole de commune en commune n’attire pas toujours un bon accueil chez les responsables des municipalités qui pour la plupart réclament une belle somme pour offrir un espace aux banderoles de promotion de l’activité. Le cas des maires de Mirebalais en est un. Qu’il ne soit pas répandu, mon dieu!

De plus, Jusqu’ici, ”Livres en liberté” ne jouit que de la bonne volonté de certaines personnalités de l’administration publique, mais rien de systématique, alors que l’Etat devrait s’accaparer d’une telle initiative dans cette ambiance d’asphyxie totale des bibliothèques communales qu’il vit.

Ne parlons même pas de bibliothèques communales puisqu’au lieu de les multiplier et de les renforcer dans leur fonction d’espace ou de centre de lecture, de culture et d’animation, l’Etat y claque (CLAC), de préférence, avec éclat (ECLA) les portes du trésor publique et des dons internationaux.

Fort heureusement, ”Livre en liberté” tiendra bon pour vingt autres éditions car il y aura toujours dans ce pays des gens qui croient dans la décentralisation réelle du livre et de la lecture pour prêter main forte.

Déjà ! La ville de Port-de-Paix souhaite la bienvenue aux Lyonel Trouillot, Yanick Lahens, Bonel Auguste, Marc Exavier…

« Un livre, c’est un navire dont il faut libérer les amarres. Un livre, c’est un trésor qu’il faut extirper d’un coffre verrouillé. Un livre, c’est une baguette magique dont tu es le maitre si tu en saisis les mots », ce sont des paroles de Michel Bouthot que j’invite tout un chacun à intérioriser.

Bon Vingtième, Livres en liberté !

Jean Venel Casseus
(509)34540501

”Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver !”

06/11/2009 admin 8 commentaires

theatre” Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver ! ”.  Ne m’en veux pas ! Je n’oserais jamais dire une telle connerie.

Cette phrase a été prononcée pour la première fois par Friederich Thiemann, le 20 avril 1933, date d’anniversaire d’Hitler ! Vous ne connaissez pas ce Thiemann ? C’est normal, il n’a jamais existé dans le réel ! Thiemann était un des protagonistes de la pièce de théâtre Schlageter de Hanns Johst, dont la première avait lieu ce jour-là.

La phrase exacte de Thiemann à l’acte I scène 1 est ”Wenn ich Kultur höre… entsichere ich meinen Browning”  (Quand j’entends le mot culture [ou civilisation]… j’enlève le cran de sureté de mon Browning).

Hanns Johst, (1890-1978), l’auteur de la pièce, était un national-socialiste allemand convaincu. Son œuvre fit l’objet de différents prix littéraires octroyés par le Parti. Très introduit dans le petit cercle des intimes du Führer, il y fut reconnu comme le “barde de la SS” (Schutzstaffel – Escadron de protection).

Johst avait publié plusieurs romans, poésies et pièces de théâtre. Donc, Hanns Johst fut aussi un dramaturge. Je dis Dramaturge ! Je m’excuse ! C’est un mot qu’on ne doit pas répéter à haute voix surtout quand on est un jeune journaliste culturel haïtien ayant vécu de très près les déboires du théâtre de son pays ces dix dernières années.

Quand je vois le mot dramaturge, je tire !

Ça, je l’assume. J’ai vu une représentation théâtrale cette semaine. Elle réunissait dans la mise en scène textes, chants et danse. Pour ce, les critiques et spectateurs l’appellent tout carrément du théâtre-total. Mais, pour moi, c’est du théâtre tout simplement car de mon point vu, inspiré de celui de grandes personnalités du monde de la scène, le théâtre est un art complet en ce sens qu’il peut lier dans un même temps et lieu la littérature à l’architecture, les arts plastiques à la danse, la musique à la mode etc.

Le travail présenté par la troupe Karako Vanyan, la branche culturelle de l’organisation Saj Veye yo, ne s’est malheureusement pas démarqué du cliché thématique Haïti-pays-chaos. Définitivement, nous n’avons que ça pour muse, alors que l’art a aussi une vocation transcendantale.

Zonbi reveye mò nan zile a, tel est le titre de la pièce que les comédiens de Karako-Vanyan ont présentée pour une deuxième fois au Rex Théâtre, ce 2 novembre.  La salle n’était pas remplie mais on y trouvait beaucoup de militants politiques et/ou d’organisations sociales, comme on dit. Cela peut se comprendre !

La mise en scène de Moise Fritz Evens (John) est une fête des morts pour dénoncer notre histoire, celle qu’on construit au quotidien, avec tout ce qu’elle comporte comme éléments nous facilitant la descente aux enfers.

Avant cette pièce, la dernière fois que j’était au Rex ce fut pour participer au crucifix d’Ezer Vilaire en étant complice de certains jeunes qui voulaient changer le sexe les dix hommes noirs. A mon avis, c’est la pire opération transsexuelle jamais réalisée ici-bas. Un record qu’aucune autre personne sur terre n’oserait égaler, j’espère… Je ne vais pas en dire long.  Mon cher ami défunt Biencher Louis-Pierre eut bien décrit ce coup d’audace dans son texte ”Du Théâtre sans art” publié dans Ticket Magazine.

Attention ! Je me considère comme étant complice de ce mal fait à Vilaire pour avoir fait partie des 800 têtes présentes au Rex ce jour-là.

Donc, l’affiche de Karako Vanyan m’a permis de refouler les marches du Rex, revoir la grande salle qui crie au secours ! Mais après avoir passé environs une heure dedans, cloué dans un siège, j’ai laissé l’espace avec un profond regret que me cause une panne, disons, l’absence presque totale de dramaturges dans le pays.

L’esthétique de la facilité

Sans détour ! Ils me guettent sur les nerfs, les comédiens qui ne savent qu’enchainer sur les planches des textes de poètes trouvés par-ci par-là ou qu’ils écrivent eux-mêmes, dépourvus de fond et de forme, dans la majorité des cas.

De nos jours, à Port-au-Prince comme dans les provinces, il y une pluie de metteurs en scène et de dramaturges. C’est simple. Ici, on est metteur en scène parce qu’on sait  placer des comédiens dans un espace et de surcroit dramaturge parce qu’on sait bricoler des mots que des amis vont porter sur une scène. Cette bien triste réalité nous donne la sensation que le théâtre, le vrai, est en train de céder sa place à l’exhibitionnisme. Et, Le paraitre tend à bousculer l’art.

L’utilisation abusive et déréglée du montage de textes, comme forme d’expression théâtrale, rend le théâtre haïtien facile et paresseux, alors qu’on a de très bons comédiens pouvant nous régaler dans de spectacles de qualité. Hélas! Depuis une décade, on peut compter sur les doigts, le nombre de représentations théâtrales articulées autour d’une communication censée faites dans la république de Port-au-Prince qui ne soient pas du théâtre populaire ou une mise en scène d’un roman ou d’une pièce d’un dramaturge étranger. 

Dans ce cas, en quoi l’écriture théâtrale est-elle plus compliquée pour les « plumes-et-encres haïtiens » que les autres ? Pourquoi ne manifestent-ils pratiquement aucun intérêt pour cette écriture ? Quels regards les maisons d’éditions portent-elles sur ce phénomène ? Ce sont des questions préoccupantes, je pense, pour l’avenir du théâtre haïtien qui, déjà, ne fait l’objet d’aucune politique publique.

Enfin, Si le théâtre d’expression haïtienne ne se nomme pas encore montage de textes, il le sera surement demain, si vous continuez à le marginaliser, Monsieur l’écrivain.

Jean-Venel CASSEUS | casseusjeanvenel@gmail.com
(509) 34540501

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Quel prix vaut mon Dany à moi ?

04/11/2009 admin 6 commentaires

Dany LaferiereHier, c’était l’auteure d’Adieu mon frère, Edwidge Danticat, qu’on a récompensée de 500.000 dollars américains pour son talent extraordinaire, son génie. Aujourd’hui, c’est à Dany Laferrière d’empocher une belle somme chez les Médicis grâce à son énigme retour à Petit-Goâve.

En effet, le jury du Médicis a choisi de récompenser cette année le livre du québécois d’origine haïtienne, Dany Laferrière, ”L’Enigme du retour”. Ce récit, présenté sous la forme d’une succession de haïkus, raconte le retour de l’auteur dans son pays natal, Haïti, à l’occasion de la mort de son père. Laconique mais extraordinairement précis dans ses observations, L’Enigme du retour permet à Dany Laferrière de faire une bouleversante redécouverte de son histoire, de ses racines et de son pays. Ce roman est un hommage au père absent – activiste haïtien qui est mort en exil aux Etats-Unis, où il vivait après avoir coupé les ponts avec sa famille.

”Mon père a toujours désiré que ma mère le rejoigne là-bas. Malgré sa folle envie de revoir mon père, elle n’a pas voulu que ses enfants grandissent en exil. Elle voulait nous donner un sens du pays. Une nuit que je dormais près d’elle, je l’ai entendue murmurer qu’elle aimerait bien toucher une dernière fois son visage. Les traits de mon père s’étaient imprimés sur sa rétine. Ce qui lui manquait c’est le poids du corps. Elle a tenu bon près d’un demi-siècle, écartelée entre son homme, ses enfants et son pays. Elle ne les a eus à elle qu’un bref temps.”

Ce prix de Dany Laferrière est encore un coup de l’édition Grasset chez les Medicis. Sur les 52 noms affichés au tableau des lauréats du prix, elle en a raflé dix-huit.

Bravo Dany ! Mais ta récompense est une initiative française fondée par Gala Barbizan et Jean-Pierre Giraudoux le 1er avril 1958 afin de couronner un roman, un récit, un recueil de nouvelles dont l’auteur débute ou n’a pas encore une notoriété correspondant à son talent. Je ne vois pas mon Dany à moi dans ce miroir. Mon auteur de 19 romans connus partout le monde. L’homme que les rédacteurs du site Etonnants Voyageurs qualifient de ”l’un des écrivains les plus marquants de notre époque” dans un article publié le 6 octobre dernier.

Les amis québécois de Dany ne seraient surement pas contents de voir que les français traitent d’écrivain débutant ou de victime d’un manque de notoriété, malgré son talent, le grand Monsieur qui recevra en avril prochain le Grand Prix littéraire Métropolis bleu 2010 lors de la 12è édition du Festival littéraire international de Montréal Métropolis bleu.
Le benjamin des prix français n’est pas un prix pour mon Dany, 25 ans après la publication du roman à grand succès ‘’Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer’’, porté à l’ecran en 1989 par Jacques W. Benoît. En tout cas, je ne m’en suis pas réjoui !

Cependant, je ne vais pas te demander, mon cher Dany, de faire comme l’écrivain français Jean Lahougue qui a refusé ce prix en 1980 parce qu’il ne se considérait ni comme un écrivain débutant ni comme un personnage souffrant d’un déficit de reconnaissance  pour avoir déjà publié quatre livres importants avant sa Comptine des Height, primé au concours des écrivains talentueux mal-connus, tous chez Gallimard. Comme de fait, depuis lors, ce Jean Lahougue ne fait plus partie de la liste d’aucun prix et n’est plus non plus publiable chez Gallimard et son clic. Il s’était même fait envoyer au diable en 1988 par l’éditeur avec le manuscrit de son roman Le domaine d’Ana.

Pas de grosse tête, Dany! Quand on est né à Petit-Goâve dans les bras du soleil, quand on est né à Petit-Goâve bercé par le soleil, même quand on est aujourd’hui noyé dans les neiges montréalaises, un prix littéraire ça vaut beaucoup. Prends le Médicis, même quand, en tant qu’écrivain, connu et respecté, tu n’es plus de cet acabit. Prends-le, pas pour toi, mais pour les autres : pour les 70% d’habitants d’Haïti qui ne te connaitront jamais parce qu’ils ne savent ni lire ni écrire, pour les 20% des 30% restant qui ne te connaissent que de nom et enfin pour les 7% des autres 10% qui ont, au moins, un de tes ouvrages sans jamais le lire. Je ne suis pas, certes, bon statisticien, mais là je suis sûr que je me débrouille pas mal.  

Jean Venel Casseus

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