Quand musique et fête du drapeau se mélangent !
18 mai fête du drapeau. Des activités musicales bouillonnent partout à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. La traditionnelle parade suivie du discours du Président de la République à l’Arcahaie s’est tenue à la grande satisfaction des participants.
Parallèlement, des ‘’festivals’’ s’organisent et s’affublent de toutes sortes de dénominations : Festival de levée de fond au profit St Louis de Gonzague avec Djakout T-Vice, Carimi, BelO, Mikaben etc., Festival à la plage publique sur la côte des Arcadins, Festival de DJ Bicolore Mix à Delmas 33, Festival par ci, par là etc.
Le même jour, dans la soirée, le champ de mars, avec comme toile de fond les fatras, les tentes hideuses, les constructions anarchiques en bois et en tôle, est assiégée par une foule immense pour fêter les 5 ans de Digicel. Dans cette aire jadis le joyau de Port-au-Prince, mais devenue depuis le cataclysme du 12 janvier une ‘’tent city’’, les fêtards côtoient intimement les personnes déplacées dans une ambiance révoltante ou les moteurs des‘’biznis’’ de type makrèl, disco, restaurant, studio de beauté roulent à plein régime. Nous sommes à quelques mètres du Palais National effondré.
A Carrefour, sud de Port-au-Prince, tout près du Lambi Night Club, lieu mythique du Konpa dans les années 80 et 90, un festival se tient aussi dans l’espace sympathique de “Chalè tropicale”. Elément bizarre dans tous ces ‘’festivals’’, en dehors du Bicolore Mix, leur line-up est essentiellement constitué des mêmes groupes.
208 ans après sa création, Haïti fête le drapeau n’importe comment. On dirait juste deux morceaux de vulgaires tissus sans valeur symbolique et historique, de quoi exaspérer nos aïeux notamment feu Empereur Jean-Jacques Dessalines.
En tout cas, armé de ma camera photo, mon stylo et mon bloc-notes, je mets le cap sur ‘’Chalè Tropical’’ pour cette journée festive. En général, la presse musicale fait fi délibérément des activités artistiques réalisées dans cette commune, pourtant, toujours en éveil. J’affronte, donc, l’ambiance routière crispante qu’on connait. Fidèle à sa réputation, la route de carrefour est quasiment impraticable. Une longue file de voiture avance à pas de tortue. Ma mauvaise mine au volant de ma voiture témoigne de mon dégout de cette tragi-comédie qui a trop duré mais surtout mon impatience d’être sur les lieux.
Pour faire passer le temps, j’allume ma radio et tombe sur le discours du Président de la République. D’une voix décidée, autoritaire et imposante, le Chef de l’état fait l’éloge des héros de notre indépendance. Il évoque aussi les dispositions qui seront prises sous peu pour le redressement du pays. Bèl bagay, me dis-je, tout en lui souhaitant, au fond de moi-même, du courage et de la détermination pour surmonter les nombreux obstacles qui l’attendent dans les mois et années à venir.
Mon calvaire routier prend fin aux environs de 1hpm. Je pénètre dans l’enceinte de Chalè Tropicale. L’ambiance bat son plein. ‘’No woman, no Cry’’ de Bob Marley vibre la platine du DJ. Une centaine de personnes, très euphoriques, s’amusent à fond. Le tafia coule à flot. Une odeur de poisson boucané me chatouille les narines. Tout semble à point pour une belle fête.
Dans le line-up de ce ‘’festival’’ surnommé ‘’Festival Bleu et Rouge’’, trois groupes musicaux sont annoncés (CaRiMi, Krezi et Rockfam) mais un seul répond à l’appel (CaRiMi). Aucune complainte de la part du public. Les gars s’amènent vers 5hpm. Entre temps, la foule grossit. CaRiMi effectue sa balance dans des conditions assez difficiles devant un public calme et patient.
Le groupe entame son premier morceau à 6hrs30. Une fois de plus, Michael fait la démonstration de ses talents d’animateur. Conquis, le public jubile malgré une sono très approximative. Quand Richard entonne les premières notes de ‘’Fè m kado w’’, les filles, massées au devant de la scène, sont quasi en transe, hurlant à tue tête. Au même moment, des couples enlacés sur la piste de danse offrent un spectacle qui, à quelques différences près, s’apparentent à des scènes de film X. Difficile de calmer leurs ardeurs enflammés avec cette chanson voluptueuse qui fait grimper le taux de testostérone.
Pire, avec la semi-obscurité de l’après-midi, la mer se transforme en un lit sans matelas et sans oreiller. Elle ondule au rythme des déhanchements sous-marins. Débauche totale. C’est presque une atteinte à la pudeur. Heureusement, cette semi obscurité masque ses ébats osés et diminue l’agressivité de ce spectacle cru, interdit au moins de 18 ans.
Carimi ferme sa prestation vers 7h30pm avec ‘’Buzz’’. Délire total. Pour éviter d’être pris dans un jeu degagann à la sortie, je laisse ”Chalè Tropical” sans attendre la dernière note de ce hit radiophonique. Dans ma voiture résonnent les cris de satisfaction du public. De jour en jour, cette formation musicale gagne en maturité et se positionne comme une vraie référence pour cette génération.
Une bonne journée dans un cadre attrayant et sympathique, me dis-je dans la voiture. D’autre activités sont prévues pour la saison estivale dans ce Beach resto club. Bonne journée, certes, mais perturbée par le calvaire du retour car, soupiré-je les yeux perdus dans ce ciel étoilé, ma souffrance va être longue, aussi longue que les quatre files de voitures qui semblent se frotter sur deux voies exigües. Du courage, il m’en faut et, peut-être, qu’il m’en faudra toujours dans ce pays d’une singularité inouïe.
Philippe Saint Louis

La tragédie du 12 janvier 2010 a eu des conséquences désastreuses sur le peuple haïtien tant sur le plan social, politique, économique et psychologique. L’haïtien est devenu un être encore plus craintif, fragile, déboussolé, crâneur, banalisant tout. Une façon, peut être, de mieux supporter et de surmonter ses misères pour ne pas sombrer dans un désespoir tragique et résigné. D’où le surnom de
Nous sommes réunis ce matin pour témoigner de notre affection à Joubert. De là haut ou il continue à travailler inlassablement pour la musique haïtienne, il doit pouffer de rire à nous regarder tous endimanchés, les yeux humectés de larmes d’émotion à faire ces têtes d’enterrement. J’entends encore sa voix disant ‘’Sak gen la a’’, expression qu’il utilisait à tout bout de champ quand il ne pouvait contenir sa colère, quand il ne comprenait pas ou quand il était d’humeur taquin.
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