Haïti : et si les touristes se décidaient à venir ?

Depuis l’avènement au pouvoir de son Excellence M. Michel Joseph Martelly et de son gouvernement, une propagande soutenue se fait sur le potentiel touristique d’Haïti et de sa capacité à recevoir les investisseurs étrangers. Elle charrie des slogans les uns aussi irréalistes que les autres, compte tenu de la réalité sociale, politique et environnementale du pays.

‘’Haiti is open for busineess’’ (Haïti est ouverte aux affaires), ‘’Haïti est trop riche pour être pauvre’’ etc. figurent parmi les phrases à connotation publicitaire les plus citées par l’équipe en place dans le cadre la relance de ‘’l’industrie touristique haïtienne’’. Si théoriquement, Haïti est effectivement riche, dans la pratique, par contre, la grande majorité des habitants de la partie est de l’île Hispaniola vit en dessous du seuil de la pauvreté abjecte et absolue.

A la moindre occasion, nos actuels dirigeants s’érigent en donneur de leçons et s’en prennent avec virulence à ceux dont les points de vue sur cette ‘’propagande’’ vont à contre courant des idées véhiculées malgré le fait que ces points de vue contraires s’arc-boutent sur notre dure réalité quotidienne. Tous ceux qui s’y opposent sont taxés de toutes sortes de dénomination notamment celle de ‘’ vendeur d’image négative du pays’’. L’un des derniers exemples les plus patents nous vient de cette affiche récemment placée par les autorités touristiques du pays sur l’autoroute I-95 au sud de la Floride, près de la sortie vers Hallandale, montrant une plage d’Haïti pour, dit-on, attirer les touristes. Quand on sait que l’ensemble des iles de la Caraïbes, avec des réputations beaucoup plus soignées que la notre, regorge de ces mêmes images ‘’formatées’’, on se demande perplexe si cette affiche, à elle seule, suffira pour vendre une meilleure image d’Haïti et, surtout, pour attirer les touristes et/ou les investisseurs.

Pour l’équipe au pouvoir, la meilleure attitude serait de masquer la réalité criante de nos rues sales, pestilentielles et vendre une ‘fausse’’ image positive en montrant essentiellement les jolies maisons de Kenskoff, de Laboule ou de Pétion-ville, les rarissimes hôtels dit de luxe, les clubs mondains fréquentés par une certaine clientèle huppée, les sites naturels, les magnifiques plages non entretenues de Port-salut, Labadee, l’ile à vache, les plages privées sur la côte des Arcadins tout en faisant fi des images macabres du centre ville de Port-au-Prince, de Delmas, de Carrefour, d’une grande partie de Pétion-ville, du Cap-Haitien, des Gonaïves sans oublier cette misère infrahumaine qui, de jour en jour, prend des proportions inquiétantes dans la majorité de nos départements du nord au sud et de l’est à l’ouest.

La disproportion quasi inégalable entre riches et pauvres ici est trop énorme pour qu’elle puisse être cachée à l’étranger, aux touristes qu’on prétend attirer. Ce contraste si choquant qui a valu à notre élite le titre ‘’d’élite répugnante’’ par un certain Ambassadeur américain au cours d’un dîner, désormais, historique, ne peut être mis en quarantaine par les citoyens, les medias locaux et internationaux. Force est de constater que, dans la Caraïbe, nos côtés négatifs prédominent, malheureusement, sur les côtés positifs. La beauté de nos sites naturels et la grande richesse de cette minorité zuit zuit, pour répéter un certain ex-Président de la République, ne suffisent pas pour construire un mur devant notre horrible réalité.

Face à cela, diverses questions nous trottent l’esprit. Comment arriver à créer la sensibilité nécessaire à tous pour qu’enfin nous puissions collectivement faire un front commun contre cette misère abjecte, cette absence de structure adéquate à l’épanouissement de tout être humain ? Comment arriver à combattre efficacement cette anarchie populaire du à l’absence d’un Etat fort, un manque d’éducation, à l’instinct de survie..? Comment inciter nos frères et sœurs de la diaspora et les soi-disant amis d’Haïti à participer efficacement à la reconstruction du pays si on ne leur montre que des images positives, rassurantes mais qui contrastent outrageusement avec la réalité quotidienne de la majorité ? Une fois sur le terrain, leur désillusion peut être beaucoup plus fatale que cette image négative que nous combattons du bec et des ongles.

Haïti ne fait qu’un avec sa misère. On ne pourra pas l’éradiquer en nous voilant la face, mais en affrontant stoïquement cette réalité, aussi terrible soit elle. Nous devons apprendre à la côtoyer avec tact pour mieux la comprendre, l’évaluer à sa valeur réelle pour éventuellement la changer jusqu’à son éradication complète. Qui sait, ce miracle peut être possible. Pour ce faire, il nous faudra converser avec ces marchandes crasseuses, ces héroïnes désespérées et, paradoxalement, tenaces qui vendent leurs marchandises dans les rues, dans des marchés de fortune, dans la boue, la poussière, sous un soleil brulant. Ces éboueurs et ces brouettiers qui, dans leurs travaux inhumains, entretiennent des relations intimes avec les microbes redoutables ; ces enfants qui mangent aux côtés de cochons dans des restaurants d’ordures. Il nous faudra visiter nos bidonvilles, nos villes de province pour nous rendre compte des méfaits du déboisement et mieux comprendre les causes de l’exode rural.

C’est ça notre réalité. Pour la changer, il faut la connaitre, l’accepter et arrêter de nous leurrer. Comment va-t-on attirer des touristes dans de pareilles conditions infrastructurelles ? Il faut cesser de mettre la charrue avant les bœufs parce qu’il y a un bail, en matière de politique touristique, que nous faisons beaucoup de bruit pour rien même si la nouvelle équipe y met beaucoup plus de piments médiatiques.

Toutes tentatives de mettre en place une politique touristique pour redonner à Haïti sa place longtemps perdue sur la carte touristique caribéenne, seront vaines si les problèmes structurelles ne sont abordées et résolues en amont.

Il faut régler les problèmes de sécurité pour rassurer la population et les touristes même si Haïti est loin derrière dans la région dans le domaine du banditisme et de criminalité. Toutefois, nous avons un grand trou à combler en ce sens puisque dans plusieurs pays originaires des touristes ciblés, Haïti rime avec violence, insécurité, misère et la fameuse phrase ‘’Pays le plus pauvre du continent américain’’.

Qu’en est-il des problèmes de d’insalubrité ? N’avez-vous jamais fait l’expérience de l’arrivée à l’Aéroport International Toussaint Louverture? Comment accueillir des touristes dans cette échauffourée incontrôlable faite d’agression par les ‘’red caps’’, de mendiants aux alentours, de désordre généralisé? Nous sommes réconfortés de voir en cours de travaux de rénovation dans le bâtiment mais et la route qui mène aux hôtels ? A la descente d’avion, la misère d’Haïti vous frappe en plein visage et vous laisse pantois même pour un habitué. Un touriste qui, après plusieurs mois de travail, veut dénicher un petit coin paradisiaque dans la Caraïbe pour se reposer et prendre du temps, tout chauvinisme mis è part, vous pensez qu’il choisira Haïti dans une liste de 5 iles? A moins qu’il soit un illuminé en quête d’autres sensations mais pas de repos ensoleillé.

Vendre la beauté et la richesse d’Haïti via une affiche grandeur nature sur la I-95 présentant une plage traduit sans fard ce manque d’imagination qui, en général, caractérise nos décideurs en matière de tourisme. Pourquoi pas notre carnaval (Jacmel et Port-au-Prince) presqu’unique dans sa forme et son organisation logistique – qui mérite quand même une certaine refonte ? Nos fêtes champêtres et leur cachet mystico-culturel ? Nos sites touristiques uniques dans la région ? Pourquoi jeter de l’argent par les fenêtres dans une publicité inefficace puisqu’elle s’aventure sur un terrain (station balnéaire) dans lequel les autres iles de la caraïbes possèdent une énorme longueur d’avance sur nous ?

Cessons de prendre les gens pour des dupes. Même le plus idiot des idiots, avec un simple coup d’œil sur les pays de la zone, réputés pour être de grandes destinations touristiques, pourra facilement comprendre le farfelu des approches actuels de nos dirigeants sur ce sujet précis et d’une importance capitale pour le vrai développement de note pays. ‘’Faisons les choses avec le sens du sérieux’’, comme dirait l’autre.

Nous soumettons à votre appréciation quelques photos de notre Haïti, pas pour vendre le négatif comme on voudrait le faire croire, mais surtout pour montrer à ceux qui l’ignorent et à ceux qui font semblant de l’ignorer le visage réel de la majorité tout en espérant que la cruauté de ces images vraies ravivera cette flamme patriotique éteinte chez bon nombre d’entre nous. Nous finirons par comprendre, peut être, qu’il est urgent de participer activement au combat devant mener aux vrais changements tant rêvés par les Haïtiens d’ici et d’ailleurs.

Enfin, la seule façon de ne pas vendre une image négative de notre pays est de travailler à la destruction de sa vraie image, son image actuelle mais pas à la cacher. Présentement, il nous sera difficile, voire impossible d’y arriver même si nous le voulions, car cette image négative nous colle à la peau.

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Pipo Saint Louis

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Quand musique et fête du drapeau se mélangent !

drapeauid18 mai fête du drapeau. Des activités musicales bouillonnent partout à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. La traditionnelle parade suivie du discours du Président de la République à l’Arcahaie s’est tenue à la grande satisfaction des participants.

Parallèlement, des ‘’festivals’’ s’organisent et s’affublent de toutes sortes de dénominations : Festival de levée de fond au profit St Louis de Gonzague avec Djakout T-Vice, Carimi, BelO, Mikaben etc., Festival à la plage publique sur la côte des Arcadins, Festival de DJ Bicolore Mix à Delmas 33, Festival par ci, par là etc.

Le même jour, dans la soirée, le  champ de mars,  avec comme toile de fond les fatras, les tentes hideuses, les constructions anarchiques en bois et en tôle, est assiégée par une foule immense pour fêter les 5 ans de Digicel.  Dans cette aire jadis le joyau de Port-au-Prince, mais devenue depuis le cataclysme du 12 janvier une ‘’tent city’’,  les fêtards côtoient intimement les personnes déplacées dans une ambiance révoltante ou les moteurs des‘’biznis’’ de type makrèl, disco, restaurant, studio de beauté roulent à plein régime. Nous sommes à quelques mètres du Palais National effondré.

A Carrefour, sud de Port-au-Prince, tout près du Lambi Night Club, lieu mythique du Konpa dans les années 80 et 90, un festival se tient aussi dans l’espace sympathique de “Chalè tropicale”. Elément bizarre dans tous ces ‘’festivals’’, en dehors du Bicolore Mix, leur line-up est essentiellement constitué des mêmes groupes.

208 ans après sa création, Haïti fête le drapeau n’importe comment. On dirait juste deux morceaux de vulgaires tissus sans valeur symbolique et historique, de quoi exaspérer nos aïeux notamment feu Empereur Jean-Jacques Dessalines.

En tout cas, armé de ma camera photo, mon stylo et mon bloc-notes, je mets le cap  sur ‘’Chalè Tropical’’ pour cette journée festive. En général, la presse musicale fait fi délibérément des activités artistiques réalisées dans cette commune, pourtant, toujours en éveil. J’affronte, donc, l’ambiance routière crispante qu’on connait.  Fidèle à sa réputation, la route de carrefour est quasiment impraticable. Une longue file de voiture avance à pas de tortue. Ma mauvaise mine au volant de ma voiture témoigne de mon dégout de cette tragi-comédie qui a trop duré mais surtout mon impatience d’être sur les lieux.

Pour faire passer le temps, j’allume ma radio et tombe sur le discours du Président de la République. D’une voix décidée, autoritaire et imposante, le Chef de l’état fait l’éloge des héros de notre indépendance. Il évoque aussi les dispositions qui seront prises sous peu pour le redressement du pays. Bèl bagay, me dis-je, tout en lui souhaitant, au fond de moi-même, du courage et de la détermination pour surmonter les nombreux obstacles qui l’attendent dans les mois et années à venir.

Mon calvaire routier prend fin aux environs de 1hpm. Je pénètre dans l’enceinte de  Chalè Tropicale. L’ambiance bat son plein.  ‘’No woman, no Cry’’ de Bob Marley vibre la platine du DJ.  Une centaine de personnes, très euphoriques, s’amusent à fond. Le tafia coule à flot. Une odeur de poisson boucané me chatouille les narines. Tout semble à point pour une belle fête.

Dans le line-up de ce ‘’festival’’ surnommé ‘’Festival Bleu et Rouge’’, trois groupes musicaux sont annoncés (CaRiMi, Krezi et Rockfam) mais un seul répond à l’appel (CaRiMi).  Aucune complainte de la part du public. Les gars s’amènent vers 5hpm. Entre temps, la foule grossit. CaRiMi effectue sa balance dans des conditions assez difficiles devant un public calme et patient.

Le groupe entame son premier morceau à 6hrs30.  Une fois de plus, Michael fait la démonstration de ses talents d’animateur. Conquis, le public jubile malgré une sono très approximative. Quand Richard entonne les premières notes de ‘’Fè m kado w’’, les filles, massées au devant de la scène, sont quasi en transe, hurlant à tue tête. Au même moment, des couples enlacés sur la piste de danse offrent un spectacle qui, à quelques différences près, s’apparentent à des scènes de film X. Difficile de calmer leurs ardeurs enflammés avec cette chanson voluptueuse qui fait grimper le taux de testostérone.

Pire, avec la semi-obscurité de l’après-midi, la mer se transforme en un lit sans matelas et sans oreiller. Elle ondule au rythme des déhanchements sous-marins. Débauche totale. C’est presque une atteinte à la pudeur. Heureusement, cette semi obscurité masque ses ébats osés et diminue l’agressivité de ce spectacle cru, interdit au moins de 18 ans.

Carimi ferme sa prestation vers 7h30pm  avec ‘’Buzz’’. Délire total.  Pour éviter d’être pris dans un jeu degagann à la sortie, je laisse ”Chalè Tropical” sans attendre la dernière note de ce hit radiophonique. Dans ma voiture résonnent les cris de satisfaction du public. De jour en jour,  cette formation musicale gagne en maturité et se positionne comme une vraie référence pour cette génération.

Une bonne journée dans un cadre attrayant et sympathique, me dis-je dans la voiture. D’autre activités sont prévues pour la saison estivale dans ce Beach resto club. Bonne journée, certes, mais perturbée par le calvaire du retour car, soupiré-je les yeux perdus dans ce ciel étoilé, ma souffrance va être longue, aussi longue que les quatre files de voitures qui semblent se frotter sur deux voies exigües. Du courage, il m’en faut et, peut-être, qu’il m’en faudra toujours dans ce pays d’une singularité inouïe.

Philippe Saint Louis

Ti Manno: Inoubliable!

Le 1er juin 1953, Gonaïves, la cité de l’Indépendance, a vu naitre Emmanuel Rossiny Jean Baptiste, connu sous le sobriquet de Ti Manno, un musicien hors-pair, un génie du Konpa Direct dont le talent pluridimensionnel continue de transcender toutes les générations. Toutefois, comme pour donner raison à Victor Hugo qui disait dans ‘’Le siècle de Louis XIV’’ que ‘’le génie n’a qu’un siècle…’’, le 13 mai 1985, Ti Manno s’éteint à New York à l’âge de 32 ans après une carrière musicale riche et mouvementée mais qui n’aura durée que quinze ans.
Auteur-compositeur-interprète, guitariste, claviériste et percussionniste, la grande aventure de Ti Manno débute timidement au début des années 70 avec des groupes de quartier avant de prêter ses services à ”Les Diables du Rythme” et ”Formidables de St-Marc”.  Il s’envole ensuite pour les Etats-Unis d’Amérique ou il intègre le ”Volo Volo de Boston” comme chanteur au coté de Ricot Mazarin. C’est à ce stade crucial de sa carrière de chanteur que son talent commence à émerger malgré une rude compétition avec des chanteurs confirmés de l’époque tels que Roger M. Eugene (Shoubou), Jean Elie Telfort (Cubano), Henry Célestin, Max Badette etc.
Son expérience avec ”Volo Volo” ne fait pas long feu puisqu’Arsène Apollon le convainc de rejoindre les rangs des ”Astros de New York”. En 1978, après une tournée avec ce groupe, il décide de revenir au bercail pour s’y établir et continuer sa carrière musicale grandissante.  Ainsi démarre sa merveilleuse aventure avec D.P. Express.  Il y est engagé pour assurer la succession d’Hervé Bléus, chanteur adulé par les fans de ce groupe phare du Konpa Direct.
Les débuts de Ti Manno avec D.P. Express se heurtent à d’énormes difficultés. Les fans digèrent mal le départ d’Hervé surnommé affectueusement ‘’Boulou’’.  Ils font voir de toutes les couleurs au jeune Ti Manno et, ce, malgré le succès de ‘’Réalité’’, chanté avec panache par ce fils des Gonaïves.
Il fallait attendre la sortie de l’album ‘’David’’ en 1979, suivi du succès éclatant et immédiat du titre éponyme de cet opus pour voir sa grande consécration. Tous les titres de ‘’David’’ enflamment la bande AM et les boites de nuits comme un feu de forêt: e,e,e,e, Ensemm Ensemm, Corige etc. trottent sur toutes les lèvres.
Avec cet album, une euphorie totale s’empare de Port-au-Prince, des provinces et de la diaspora haïtienne de l’Amérique du Nord, des Antilles françaises et jusqu’en Métropole.  La fièvre Ti Manno est contagieuse et se propage à la vitesse lumière.
‘’David’’ s’écoule à près de 100 mille copies. D.P. Express fait salle comble partout ou il est programmé. Ti Manno devient, dès lors, l’artiste haïtien le plus populaire et le plus adulé.
Au sommet de sa popularité en 1981, il quitte le D.P. Express et décide de former son propre groupe, le Gemini All Stars. En été 82,  ‘’L’argent’’, le premier album de GAS, atterrit dans les bacs. Il connaitra un grand succès. Au cours de cette même période, sa santé chancelle et il est forcé de retourner aux Etats-Unis. Son nom perd de son eclat jusqu’à s’ecliplser temporairement dans l’univers musical haitien. Et la date fatidique du 13 mai est arrivée.
Harangueur de foule hors du commun, il innove sans arrêt. Quant à ses prestations lors des festivités carnavalesques, elles resteront inoubliables et feront école pour des générations encore.
Ti Manno figure parmi les meilleurs paroliers du Konpa Direct.  Ses textes abordent différents sujets et dénoncent des problèmes d’ordre politique, social et culturel (Nèg kont Nèg, Exploitation, Canter, Mariage d’intérêt). Ce n’est pas sans raison qu’on le surnomme ‘’Le prophète’’. En outre, sa plume s’attaque au système éducatif (Gen de pwofesè ki pa genyen l’art d’expliquer), devient sarcastique vis-à-vis de la société traditionnelle (Pale francais vini tounen metye. Yo konfonn Fakilte ak Inivèsite). Des paroles qui sont, hélas, toujours d’actualité.
Ti Manno est le chanteur haïtien le plus engagé dans le Konpa Direct.  Indiscutablement, il reste et demeure l’un des visages des plus emblématiques de la musique haïtienne. Une légende pour les antillais de la Martinique, Guadeloupe et de la Guyane qui lui rendent hommage annuellement.
Les dépouilles de Ti manno reposent dans la tombe 17_section 10-plot 95, au cimetière de Calvary, situé 49-42, Laurel Hill Blvd, Woodside, dans le Queens à New York. Si par hasard, vous êtes dans la zone arrêtez-vous pour déposer une gerbe de fleurs sur sa tombe. Qui sait, si vous êtes attentif vous l’entendrez, peut-être, chanter pour vous. Ne vous gênez pas pour danser alors.
Philippe Saint Loui

timannoidLe 1er juin 1953, Gonaïves, la cité de l’Indépendance, a vu naitre Emmanuel Rossiny Jean Baptiste, connu sous le sobriquet de Ti Manno, un musicien hors-pair, un génie du Konpa Direct dont le talent pluridimensionnel continue de transcender toutes les générations. Toutefois, comme pour donner raison à Victor Hugo qui disait dans ‘’Le siècle de Louis XIV’’ que ‘’le génie n’a qu’un siècle…’’, le 13 mai 1985, Ti Manno s’éteint à New York à l’âge de 32 ans après une carrière musicale riche et mouvementée mais qui n’aura durée que quinze ans.

Auteur-compositeur-interprète, guitariste, claviériste et percussionniste, la grande aventure de Ti Manno débute timidement au début des années 70 avec des groupes de quartier avant de prêter ses services à ”Les Diables du Rythme” et ”Formidables de St-Marc”.  Il s’envole ensuite pour les Etats-Unis d’Amérique ou il intègre le ”Volo Volo de Boston” comme chanteur au coté de Ricot Mazarin. C’est à ce stade crucial de sa carrière de chanteur que son talent commence à émerger malgré une rude compétition avec des chanteurs confirmés de l’époque tels que Roger M. Eugene (Shoubou), Jean Elie Telfort (Cubano), Henry Célestin, Max Badette etc.

Son expérience avec ”Volo Volo” ne fait pas long feu puisqu’Arsène Apollon le convainc de rejoindre les rangs des ”Astros de New York”. En 1978, après une tournée avec ce groupe, il décide de revenir au bercail pour s’y établir et continuer sa carrière musicale grandissante.  Ainsi démarre sa merveilleuse aventure avec D.P. Express.  Il y est engagé pour assurer la succession d’Hervé Bléus, chanteur adulé par les fans de ce groupe phare du Konpa Direct.

Les débuts de Ti Manno avec D.P. Express se heurtent à d’énormes difficultés. Les fans digèrent mal le départ d’Hervé surnommé affectueusement ‘’Boulou’’.  Ils font voir de toutes les couleurs au jeune Ti Manno et, ce, malgré le succès de ‘’Réalité’’, chanté avec panache par ce fils des Gonaïves.

Il fallait attendre la sortie de l’album ‘’David’’ en 1979, suivi du succès éclatant et immédiat du titre éponyme de cet opus pour voir sa grande consécration. Tous les titres de ‘’David’’ enflamment la bande AM et les boites de nuits comme un feu de forêt: e,e,e,e, Ensemm Ensemm, Corige etc. trottent sur toutes les lèvres.

Avec cet album, une euphorie totale s’empare de Port-au-Prince, des provinces et de la diaspora haïtienne de l’Amérique du Nord, des Antilles françaises et jusqu’en Métropole.  La fièvre Ti Manno est contagieuse et se propage à la vitesse lumière.

‘’David’’ s’écoule à près de 100 mille copies. D.P. Express fait salle comble partout ou il est programmé. Ti Manno devient, dès lors, l’artiste haïtien le plus populaire et le plus adulé.

Au sommet de sa popularité en 1981, il quitte le D.P. Express et décide de former son propre groupe, le Gemini All Stars. En été 82,  ‘’L’argent’’, le premier album de GAS, atterrit dans les bacs. Il connaitra un grand succès. Au cours de cette même période, sa santé chancelle et il est forcé de retourner aux Etats-Unis. Son nom perd de son eclat jusqu’à s’ecliplser temporairement dans l’univers musical haitien. Et la date fatidique du 13 mai est arrivée.

Harangueur de foule hors du commun, il innove sans arrêt. Quant à ses prestations lors des festivités carnavalesques, elles resteront inoubliables et feront école pour des générations encore.

Ti Manno figure parmi les meilleurs paroliers du Konpa Direct.  Ses textes abordent différents sujets et dénoncent des problèmes d’ordre politique, social et culturel (Nèg kont Nèg, Exploitation, Canter, Mariage d’intérêt). Ce n’est pas sans raison qu’on le surnomme ‘’Le prophète’’. En outre, sa plume s’attaque au système éducatif (Gen de pwofesè ki pa genyen l’art d’expliquer), devient sarcastique vis-à-vis de la société traditionnelle (Pale francais vini tounen metye. Yo konfonn Fakilte ak Inivèsite). Des paroles qui sont, hélas, toujours d’actualité.

Ti Manno est le chanteur haïtien le plus engagé dans le Konpa Direct.  Indiscutablement, il reste et demeure l’un des visages des plus emblématiques de la musique haïtienne. Une légende pour les antillais de la Martinique, Guadeloupe et de la Guyane qui lui rendent hommage annuellement.

Les dépouilles de Ti manno reposent dans la tombe 17_section 10-plot 95, au cimetière de Calvary, situé 49-42, Laurel Hill Blvd, Woodside, dans le Queens à New York. Si par hasard, vous êtes dans la zone arrêtez-vous pour déposer une gerbe de fleurs sur sa tombe. Qui sait, si vous êtes attentif vous l’entendrez, peut-être, chanter pour vous. Ne vous gênez pas pour danser alors.

Philippe Saint Louis

12 janvier: un nouveau départ très mal amorcé

Le 12 janvier, cette date maudite qui s’est imposée brutalement dans l’histoire du monde. Pire, elle restera, à jamais, gravée dans la mémoire de tous les Haïtiens.

Cette tragédie qui nous a tant couté et aurait du  constituer un tournant dans notre  histoire. Cette catastrophe naturelle qui a mis a nu nos faiblesses structurelles et notre fragilité. Elle était,  selon plus d’un, le prétexte idéal pour une prise de conscience réel, l’occasion pour nous haïtiens de recommencer à zéro et de redémarrer sous des bases solides.

Ce grand malheur qui aurait du nous rapprocher, réveiller en nous certaines notions endormies  depuis des lustres telles que fierté, patriotisme, nationalisme. Ces valeurs qui, jadis, faisaient de nous une nation fière et respectée. Hélas. Il n’en fut pas ainsi. Le 12 janvier, pour notre malheur, n’a fait qu’envenimer les choses et aggraver cette plaie déjà ouverte.

Cette maudite date a augmenté la soif et l’appétit de la bête. C’est  comme si le diable avait pris possession des lieux et de nos âmes sous le regard, peut-être ou apparemment, passif du grand architecte qui, selon tout vraisemblance, nous met à l’épreuve pour des raisons connues  de lui seul.

Dans un décor de film d’horreur hollywoodien ou la saleté, les décombres s’étendent à perte de vue comme les grattes ciel de Manhattan, des zombies en haillons déambulent dans toutes les directions. Les crimes, les vols, les viols, la prostitution prennent des proportions inimaginables. Le mal règne en maitre.

Ces rares moments de l’après 12 janvier, ces manifestations fraternelles, ces élans d’amours, ces témoignages d’amitiés, les actions intrépides pour venir en aide, ces images de l’un soutenant l’autre ont trop vite disparu pour céder la place à l’opportunisme, au chacun pour soi, au sauve qui peut. Et comme si cela ne suffisait pas, cette nature continue de s’acharner sur nous comme pour nous punir. Cyclones et inondations se succèdent et la cerise sur le gâteau est cette  nouvelle épidémie de cholera qui, semble-t-il, s’apprête à décimer notre population.

Il ne nous manque plus qu’une évasion de sauterelles et l’apparition physique de Belzébuth à la TNH (Télévision Nationale d’Haiti) nous faisant clairement savoir qu’il a pris la direction du pays. Cela  nous changerait de notre chauve barbu grisonnant au visage défait et fatigué qui, subitement, a trouvé l’usage de parole et s’est  découvert des talents de médecin prescrivant des médicaments en bon père de famille soucieux de l’avenir de ses  enfants

Parallèlement, les élections se rapprochent et on a encore du mal à déceler voir identifier ce grand Berger devant mener le troupeau à bon port. On se retrouve en pleine tragi-comédie avec des candidats d’opérettes. La grande majorette en tout cas.

Le niveau primaire  des débats est  inquiétant et nous fait penser à cette exclamation d’un ‘’tafyatè’’ faisant référence au pays dans une ambiance “koule bweson”. Il s’agit d’un cri du cœur  poignant lancé avec innocence dans un français approximatif : ’’Bon Dieu, ou vont nous?’’. Eh oui…où allons nous? Qu’allons nous devenir ? Les réponses paraissent évidentes et c’est fou ce que ca fait peur.

Pipo Saint Louis

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L’après 12 janvier 2010 ou le degré zéro de l’inintelligence

08/09/2010 admin 5 commentaires

nationalpalaceLa tragédie du 12 janvier 2010 a eu des conséquences désastreuses sur le peuple haïtien tant sur le plan social, politique, économique et psychologique. L’haïtien est devenu un être encore plus craintif, fragile, déboussolé, crâneur, banalisant tout. Une façon, peut être,  de mieux supporter et de surmonter ses misères pour ne pas sombrer dans un désespoir tragique et résigné. D’où le surnom de “goudou-goudou” appliqué ironiquement au séisme du 12 janvier et le succès surprenant d’une chanson au refrain macabre de ‘’anba dekonm’’ (sous les décombres), entonné en choeur avec enthousiasme partout dans le pays.

Avec un fort pourcentage de la population logée sous les tentes dans des camps de fortune disséminés presque partout, Port-au-Prince croupit sous le poids de la misère indéfinissable et la grande majorité de sa population vit dans des conditions quasi bestiales.

La prostitution s’amplifie. Le crime s’installe. La délinquance juvénile, la pédophilie et le trafic de produits illicites gagnent du terrain. Qui pis est, une mafia urbaine, dirigée par des jeunes frustrés, désabusés en mal de modèles, prend du poil de la bête. La police et les agents de la MINUSTAH, visiblement impuissants et sans un plan clairement définis pour endiguer les bandits, semblent abdiquer sous le regard désabusé des citoyens largués aux abois.  Ces jeunes choisissent de s’identifier à des personnages vus à la télé, dans des films de série B américaine régulièrement diffusés et n’importe quelle heure, sur les chaines de télé locales dans lesquels les méchants sont des riches entourés de jolies femmes, circulent en belle voiture et habitent dans des villas luxueuses. Le nouveau rêve de la jeunesse haïtienne se résume à cela.

Cette situation anarchique, illogique, n’obéissant à aucune norme social, se déroule tous les jours sous les regards passifs et complices des responsables de ce pays qui, apparemment, ne se préoccupent point de cette dégradation progressive comme si l’objectif à atteindre est de dépasser le fond.

Dans le milieu culturel après le 12 janvier,  plusieurs opportunistes ont voulu bousculer les choses a la faveur de leur poche. En fait, ils ont réussi. Ou presque. “La vie doit reprendre son cours normal. Les musiciens doivent recommencer à travailler au même titre que les médecins, les professeurs. Yo gen pitit. Yo gen madanm. L’haïtien a besoin de se distraire après ce drame’’, rouspétaient-ils sans arrêt  pour expliquer ou justifier ce soit disant retour à la vie qui, en fait, n’aura été qu’un détour, un prisme de la réalité, une fuite en avant, un refus d’assumer notre réalité pour éventuellement la modifier et l’améliorer.

Pas une action d’éclat. Pas un discours notable. Pas une remise en question de ce marché informel dans cette ‘’nouvelle Haïti’’ née des évènements tragiques du 12 janvier. Aucun grand évènement artistique à la dimension du drame. Pas un mot pour les acteurs du monde artistique disparus. Pas un geste pour les familles affligées. Il fallait danser. Leve 2 men anlè. Et on danse jusqu’à quand ? Personne ne sait.

Pour preuve, nous avons eu droit aux sempiternelles soirées au Djoumbala et à une marche caricaturale sur certains artères de Port-au-Prince ‘’à la mémoire des disparus’’ à laquelle déambulait la Ministre de la Culture  et de la Communication, en véritable reine de carnaval. Elle voulait, peut être, diriger les manœuvres de cette vaste comédie montée de toutes pièces pour court-circuiter les élans de certains ‘’belligérants’’ qui ne voyaient pas d’un bon œil la tournure que prenait la situation.

Huit (8) mois plus tard, le décor n’a pas beaucoup changé. A bien des endroits, on se croirait encore au lendemain du 12. La saison estivale n’a logiquement pas répondu aux attentes des artistes et promoteurs qui ont cru, à tort, qu’ils pouvaient ignorer les faits et fonctionner comme si rien ne s’était rien passé.  C’est ainsi que nous avons pu voir la déroute de certaines formations phare du Kompa Direct performant dans des salles presque vides. C’était prévisible avec près d’un demi million de morts, un état affaibli, une classe moyenne appauvrie, démotivée et indécise, une bourgeoisie ruinée, un peuple sans abris et aux abois…

La tragédie du 12 a donc mis à nu nos faiblesses structurelles, la fragilité, l’incompétence et la nonchalance de nos gouvernants ; l’opportunisme et le je-m’en-foutisme de la classe moyenne ; le mercantilisme et la voracité de la bourgeoisie ; l’ignorance, l’innocence et la naïveté des couches défavorisées.  Elle a également démontré les limites de nos artistes, surtout nos musiciens, au niveau de leur créativité, leur manque de solidarité, leur désintéressement à s’impliquer dans la vie sociale et politique du pays.

Avec un brin espoir et un lot d’inquiétude, le pays attend l’organisation des prochaines élections présidentielles le 28 novembre 2010. Les résultats seront déterminants pour notre avenir.  Allons-nous peut-être trouver enfin ce chef, ce leader, ce visionnaire qui apaisera nos misères et mènera, enfin, notre pays à bon port ? Ou tout simplement  -ce qui est le plus probable- allons nous continuer notre descente aux enfers sous la direction d’un leader-brasseur que le peuple aura choisi pour des raisons n’obéissant à aucune logique humaine, comme d’habitude ? L’avenir dira le reste.

Espérons enfin un réveil et une prise de conscience de nos artistes et autres acteurs du monde culturel afin qu’ils comprennent qu’à travers leurs œuvres, ils peuvent et doivent être des bergers responsables ayant ce don et cette capacité de mener le troupeau et même les brebis égarées dans une bergerie sécurisée, fiable, tranquille où les loups ne feront plus la loi

A  nous tous, moi compris, le pays nous regarde. L’histoire nous attend au prochain carrefour.

Pipo St Louis


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Hommage à un grand ami et frère: Joubert Charles

25/04/2010 admin 2 commentaires
Nous sommes réunis ce matin pour témoigner de notre affection à Joubert. De là haut ou il continue à travailler inlassablement pour la musique haïtienne, il doit pouffer de rire à nous regarder tous endimanchés, les yeux humectés de larmes d’émotion à faire ces têtes d’enterrement. J’entends encore sa voix disant ‘’Sak gen la a’’, expression qu’il utilisait à tout bout de champ quand il ne pouvait contenir sa colère, quand il ne comprenait pas ou quand il était d’humeur taquin.
Après le passage foudroyant du cataclysme du 12 janvier, il était la première personne que j’ai essayé de rejoindre par téléphone. Réaction normale et habituelle car à chaque fois que j’étais dépassé par un évènement quelconque, j’avais toujours l’impression que Joub avait la réponse. Je l’ai vainement appelé ; mais le silence sépulcral à l’autre bout de la ligne ne m’inquiétait guère. Pas une seconde, je n’ai pensé au pire.  Je l’ai tellement vu se sortir de situations très coriaces sans jamais perdre son calme, son rire franc et fort qui résonnait jusqu’à l’autre bout de l’ile que l’idée son nom allait figurer sur la liste interminable des victimes du séisme ne m’avait nullement effleuré l’esprit. Je m’étais naïvement mis en tête qu’aucun mal ne saurait lui arriver.  Je ne pense pas exagéré en disant que Joub était une force de la nature, robuste et indestructible. Le 12 janvier m’a fait comprendre qu’il  n’était qu’un humain comme nous et, de par sa nature humaine, il était fragile. Il était mortel.
J’ai rarement vu un homme ayant la capacité de se relever avec autant de facilité après des coups durs. Il a vaincu tous les obstacles qui se sont dressés sur son passage sans pour autant les négliger.  Et il en est toujours sorti grand, renforcé, opiniâtre et décider à aller de l’avant. Il a su se procurer le respect et l’affection de ses troupes. Ses sautes d’humeur pouvaient faire peur à ceux qui ne le connaissaient pas, mais, au fond, son cœur battait toujours au rythme haletant d’une tendresse que tout le monde pouvait facilement apprivoiser avec quelques mots gentils.
Joubert était, à sa façon, un aventurier, un rêveur, un idéaliste.  Quand il avait une idée en tête dans laquelle il croyait, personne ne pouvait la lui enlever.  Dans cette quête constante de réaliser ses rêves les plus chers, il faisait parfois fi de la logique ou d’une quelconque rationalité pour foncer droit au but  sans se soucier de ce qui l’attendait dans la ligne de défense.  Joubert était un passionné, un virtuose.
Apres l’échec financier de la dernière édition de ‘’Ayiti Men Kompa’’ en juin 2009,  je suis allé le voir pour faire le bilan ; et dans un élan amical qui m’exigeait à le ramener à la raison, je lui demandais ‘’Joubert, n ap kontinye osnon n ap kanpe ?’’.  D’un regard perçant traduisant son opiniâtreté et sa force de caractère, il me répondait d’une voix calme et rassurante : ‘’Pipo,  si nou kanpe, n ap bay twòp moun satisfaksyon. Nou rive twò lwen. N ap kontinye. Sa gen pou l bon kanmenm !’’. J’en avais presque les larmes aux yeux tellement j’avais envie d’avoir ce courage de ne jamais abandonner même si le moral du reste de la troupe est en berne.
Avant la date fatidique du 12 janvier,  chaque page du cahier de programmation des activités musicales de Joubert débordait de lignes écrites en lettres capitales.  Ses ambitions n’avaient pas de limites.  Il voulait révolutionner ce que nous appelons communément en Haïti ‘’biznis mizik la’’.
Certaines personnes reprochaient à Joubert son coté rancunier, résultants parfois de certains conflits liés à ses activités financières. Toutefois, ces mêmes personnes reconnaissent aussi qu’il ne fermait jamais la porte de la réconciliation à double tour.
‘’Réconciliation’’, un mot qu’il prônait souvent à travers des phrases très atypiques du genre : “Piti, bagay sa a pap mennenm okenn kote”. Il savait reconnaitre ses torts et s’excuser quand il le fallait même s’il était plutôt maladroit en ce sens. Je me rappelle encore ces phrases d’une innocence presqu’enfantine pour un businessman avisé de sa trempe : “Piti nan sa m ye la a ou pap vin fache ave m non. Mwen tou pale w, mwen pap pran sa a nan men w’’.
Malgré son jeune âge, il était comme un père pour plus d’un. Il restera toujours présent en nous. Le son de sa voix, son rire, ses boutades résonneront à jamais au plus profond de nos vies.  Avec son esprit conquérant, sons sens inné de l’organisation et son flair à détecter les opportunités d’affaire importantes même dans des situations d’extrême désespoir, soyez certains que là haut ou il est, entourés des anges du Seigneur, des projets importants bouillonnent dans son cerveau. Un cerveau qui fonctionne à plein rendement dans la chair et dans l’esprit. Un cerveau, donc, qui, jamais, ne se reposera.  ‘’Syèl la, Men Kompa’’. Ca va chauffer là-haut ! Que Dieu te bénisse Joub
Merci

Je reproduis ici le texte que j’ai lu le vendredi 23 avril 2010 en l’église St Pierre de Pétion-ville à l’occasion d’une messe de requiem en l’honneur de Joubert Charles, emporté vers l’eau delà par le séisme du 12 janvier 2010.

charlesjoubNous sommes réunis ce matin pour témoigner de notre affection à Joubert. De là haut ou il continue à travailler inlassablement pour la musique haïtienne, il doit pouffer de rire à nous regarder tous endimanchés, les yeux humectés de larmes d’émotion à faire ces têtes d’enterrement. J’entends encore sa voix disant ‘’Sak gen la a’’, expression qu’il utilisait à tout bout de champ quand il ne pouvait contenir sa colère, quand il ne comprenait pas ou quand il était d’humeur taquin.

Après le passage foudroyant du cataclysme du 12 janvier, il était la première personne que j’ai essayé de rejoindre par téléphone. Réaction normale et habituelle car à chaque fois que j’étais dépassé par un évènement quelconque, j’avais toujours l’impression que Joub avait la réponse. Je l’ai vainement appelé ; mais le silence sépulcral à l’autre bout de la ligne ne m’inquiétait guère. Pas une seconde, je n’ai pensé au pire.  Je l’ai tellement vu se sortir de situations très coriaces sans jamais perdre son calme, son rire franc et fort qui résonnait jusqu’à l’autre bout de l’ile que l’idée son nom allait figurer sur la liste interminable des victimes du séisme ne m’avait nullement effleuré l’esprit. Je m’étais naïvement mis en tête qu’aucun mal ne saurait lui arriver.  Je ne pense pas exagéré en disant que Joub était une force de la nature, robuste et indestructible. Le 12 janvier m’a fait comprendre qu’il  n’était qu’un humain comme nous et, de par sa nature humaine, il était fragile. Il était mortel.

J’ai rarement vu un homme ayant la capacité de se relever avec autant de facilité après des coups durs. Il a vaincu tous les obstacles qui se sont dressés sur son passage sans pour autant les négliger.  Et il en est toujours sorti grand, renforcé, opiniâtre et décider à aller de l’avant. Il a su se procurer le respect et l’affection de ses troupes. Ses sautes d’humeur pouvaient faire peur à ceux qui ne le connaissaient pas, mais, au fond, son cœur battait toujours au rythme haletant d’une tendresse que tout le monde pouvait facilement apprivoiser avec quelques mots gentils.

Joubert était, à sa façon, un aventurier, un rêveur, un idéaliste.  Quand il avait une idée en tête dans laquelle il croyait, personne ne pouvait la lui enlever.  Dans cette quête constante de réaliser ses rêves les plus chers, il faisait parfois fi de la logique ou d’une quelconque rationalité pour foncer droit au but  sans se soucier de ce qui l’attendait dans la ligne de défense.  Joubert était un passionné, un virtuose.

Apres l’échec financier de la dernière édition de ‘’Ayiti Men Kompa’’ en juin 2009,  je suis allé le voir pour faire le bilan ; et dans un élan amical qui m’exigeait à le ramener à la raison, je lui demandais ‘’Joubert, n ap kontinye osnon n ap kanpe ?’’.  D’un regard perçant traduisant son opiniâtreté et sa force de caractère, il me répondait d’une voix calme et rassurante : ‘’Pipo,  si nou kanpe, n ap bay twòp moun satisfaksyon. Nou rive twò lwen. N ap kontinye. Sa gen pou l bon kanmenm !’’. J’en avais presque les larmes aux yeux tellement j’avais envie d’avoir ce courage de ne jamais abandonner même si le moral du reste de la troupe est en berne.

Avant la date fatidique du 12 janvier,  chaque page du cahier de programmation des activités musicales de Joubert débordait de lignes écrites en lettres capitales.  Ses ambitions n’avaient pas de limites.  Il voulait révolutionner ce que nous appelons communément en Haïti ‘’biznis mizik la’’.

Certaines personnes reprochaient à Joubert son coté rancunier, résultants parfois de certains conflits liés à ses activités financières. Toutefois, ces mêmes personnes reconnaissent aussi qu’il ne fermait jamais la porte de la réconciliation à double tour.

‘’Réconciliation’’, un mot qu’il prônait souvent à travers des phrases très atypiques du genre : “Piti, bagay sa a pap mennenm okenn kote”. Il savait reconnaitre ses torts et s’excuser quand il le fallait même s’il était plutôt maladroit en ce sens. Je me rappelle encore ces phrases d’une innocence presqu’enfantine pour un businessman avisé de sa trempe : “Piti nan sa m ye la a ou pap vin fache ave m non. Mwen tou pale w, mwen pap pran sa a nan men w’’.

Malgré son jeune âge, il était comme un père pour plus d’un. Il restera toujours présent en nous. Le son de sa voix, son rire, ses boutades résonneront à jamais au plus profond de nos vies.  Avec son esprit conquérant, sons sens inné de l’organisation et son flair à détecter les opportunités d’affaire importantes même dans des situations d’extrême désespoir, soyez certains que là haut ou il est, entourés des anges du Seigneur, des projets importants bouillonnent dans son cerveau. Un cerveau qui fonctionne à plein rendement dans la chair et dans l’esprit. Un cerveau, donc, qui, jamais, ne se reposera.  ‘’Syèl la, Men Kompa’’. Ca va chauffer là-haut ! Que Dieu te bénisse Joub

Merci

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12 janvier 2010: l’an zéro d’une nouvelle Haiti?

21/04/2010 admin 5 commentaires

laveradUn mardi comme tant d’autres ce 12 janvier, 4H45 de l’après midi. Il faisait plutôt frais. Le soleil, timidement, laissait passer ses rayons à travers des nuages indécis. Le genre de ciel mystérieux, tantôt clair, tantôt brumeux qui, à la fois, plait et inquiète. Il  pleuvra, ne pleuvra pas ? Difficile à dire.

Comme d’habitude, les artères importantes de Port-au-Prince, de Delmas, de la Plaine, de Carrefour et de Pétion-ville sont obstruées par de longues files de voitures. Des policiers se démènent comme des beaux diables pour mettre un semblant d’ordre dans ce tohu-bohu généralisé dont seuls nous Haïtiens connaissons le secret.  Comme des chefs d’orchestre, ces flics exécutent des mouvements ondulatoires avec leurs mains qu’ils sont parfois les seuls à comprendre. Les enfants mendiants professionnels sont à pied d’œuvre  et assaillent les automobilistes qui s’énervent,  impatients de se rendre à leurs destinations respectives. Les marchandes sur les  trottoirs sont  assises sous leur parapluie, la main à la mâchoire. Elles sont des témoins passifs qui observent chaque jour la réalité poignante du drame haïtien dont elles sont les actrices principales.

Des enfants rentraient de l’école. Des ouvriers aux visages renfrognés sont entassés dans des tap-tap comme des harengs en caque. Ils sortaient d’un endroit qu’on appelle maladroitement en Haïti ‘’travail’’. Des échauffourées animaient les aires de stationnement pour une place en minibus, camion, tap tap. Des rires, des injures, la musique poussée à fond dans les tap tap et dans les rues, tout ca créait un vacarme étourdissant. On croirait entendre une musique sortie directement de l’enfer, jouée par des diablotins manipulant des instruments aux formes biscornues. Port-au-Prince vivait sa vie.

35 secondes pour se raser. 35 secondes pour une salutation rapide. 35 seconde pour pisser. 35 secondes pour un baiser rapide. 35 secondes pour démarrer la voiture.  Mais 35 secondes sont, en général, insuffisantes  pour manger convenablement, insuffisantes  pour bien se laver, insuffisantes  pour comprendre  un mot, insuffisantes parfois pour faire une phrase, insuffisantes pour expliquer, insuffisantes pour  apprendre mais ce jour la, 35 secondes ont suffi pour détruire, tuer et mettre à genoux tout un pays. Difficile de se relever. 35 secondes ont suffi pour froisser toutes les belles pages de notre merveilleuse histoire.

4H45 et le sol se met à trembler. Personne ne comprend ce qui se  passe. Les cris fusent de partout. La terre gronde comme un fauve affamé. Les édifices s’effondrent comme des châteaux de cartes avec un son creux. Les avertisseurs des voitures s’en donnent à cœur joie. Des explosions viennent s’ajouter à cette hymne à l’horreur.  Jamais, le nom de Jéhovah, Jésus ou Dieu n’a été autant cité en même temps dans notre histoire de peuple, voué à une spiritualité insaisissable et mystérieuse.  Son nom est imploré sous toutes ces formes et dans toutes les langues, et ca s’arrête subitement comme s’IL avait entendu. C’est parti aussi soudainement que c’est arrivé. On n’y voit rien. S’ensuivent les éternelles répliques…

Une masse poussière  grisâtre enveloppe la ville  et se dissipe lentement  pour nous permettre à nous survivants de  ‘’contempler’’  le drame et de comprendre notre fragilité et notre impuissance devant la colère ravageuse de la nature et qu’au fond nous ne sommes que les pions d’un échiquier géant, manipulés par des entités impitoyables.

On a du mal à se situer. Toutes nos références sont détruites. Rien que des morts et des blessés. Rien que des cris et des larmes. Rien que destructions et désolations. Les gens vont et viennent en haillons déchires et ensanglantés, les visages poussiéreux comme des zombis en plein après-midi, l’un supportant péniblement l’autre. Des mères se tordent le ventre pour laisser sortir le cri terrible, ce cri qui vous transperce les trippes lorsque vous l’entendez, ce cri qui symbolise la perte de l’être aimé, chéri et adoré.

Le pays en entier verse des larmes de tristesses, de colère, d’impuissance et ressent une  terrible sensation d’être les dindons d’une farce au goût fielleux.

Haïti, ce 12 janvier 2010, a connu la pire horreur de son histoire, sa plus mauvaise aventure, sa plus cuisante défaite. Mais, comme le dit souvent, en toute circonstance, la vie doit continuer. Nous avons la responsabilité  de vivre après ce cataclysme mais pas de survivre. Nous sommes tous des miraculés  mais pas des hébétés sans repères.  Nous avons donc le devoir de reconstruire la vie, de contribuer à ce changement dans notre façon de faire et de penser.  Nous sommes aujourd’hui à l’an 0 d’une nouvelle Haïti, à la première page d’une nouvelle histoire dans laquelle chaque haïtien doit écrire un mot, une phrase, une virgule ou un point. Mais le point final devra être l’œuvre de tous les Haïtiens et toutes les Haïtiennes sans exclusion : Haïtiens d’ici et de la diaspora ; Haïtiens d’en haut et d’en bas ; Haïtiens négros et de teint clair ; Haïtiens diplômés et illettrés; Haïtiens de la capitale et Haïtiens andeyò.  Nous sommes les artisans de notre destin mais pas eux… A nous de faire les bons choix pour avoir le courage demain de regarder nos enfants et petits enfants avec des yeux de fierté d’avoir accompli le miracle pour ce pays que nous disons tant aimer. L’histoire nous attend au prochain carrefour. Fini le marronnage. Pa gen wout pa bwa !

Philippe Saint-Louis

La musique haïtienne à travers le temps

28/11/2009 admin 4 commentaires

La musique occupe une place importante dans la vie de l’haïtien. Avec ou sans musique le nègre d’Haïti danse. A travers elle, il fait passer sa colère, ses joies, ses frustrations sociales, politiques et économiques. La musique est l’outil d’extériorisation par excellence de l’haïtien.

L’Haïtien est issu de plusieurs ethnies. Dans un premier temps, les indiens, les ciboneys et les tainos.  Puis celle des européens (français, espagnol, polonais, anglais) et surtout celle des africains venus sur l’ile par le truchement de l’esclavage. Il en résulte une diversité de rythmes découlant des nombreuses tribus de ce continent. La force de la musique haïtienne s’explique donc par sa diversité rythmique et ses nombreuses origines venues d’horizons diverses. Une sorte de symbiose avec, à la base, le tambour africain,  instrument magique pour la meilleure définition rythmique, donnant le kata, feray, congo, yanvalou etc. Les tambourins, les tchatcha, les flutes et les bambous accompagnant les chants d’allégresses des indiens “arawaks” en l’honneur du dieu Xemès et meme la musique classique de l’Europe.

Le Roi Christophe était obsédé par les formalités cérémoniales à la ‘’mode européenne”. Christophe avait créé un orchestre philharmonique composé de clarinettes, violons flutes etc. pour les concerts et les bals de la cour.

L’histoire de la musique haïtienne est longue, passionnante et jalonnée de créateurs d’exception, des autodidactes puisant leurs inspirations dans leurs environnements et leurs réalités immédiats. Les masses, après 1804, s’adonneront sans répit aux traditions, cultes et croyances de leur spiritualité dans les plaines, les mornes, les houmforts.

Dans les rues les rythmes “rada, nago, raboday, petro, gede, zarenyen etc., soutenus par une forte tradition orale, s’imposent à travers le temps et sont complices des hauts faits ayant marqué l’histoire de ce pays et, ce, dans tous les domaines.

Sur ce blog, nous allons ensemble faire ce voyage passionnant dans le temps pour mieux comprendre notre musique par la découverte des musiciens importants qui ont marqué  l’histoire de notre musique, de notre culture.

Nous n’allons pas le faire de façon chronologique mais nous saurons situer ces personnages dans leur période et leurs contexte jusqu’à la naissance du Konpa Direct.

A bientôt

Philippe Saint Louis

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Tropicana: roi des fêtes champêtres

21/10/2009 admin 10 commentaires

TropicanaSt Raphaël est une commune du département du nord. Elle porte le nom de son saint patron, l’archange Gabriel. Sa population est estimée à près de 40.000 personnes.  A partir du Cap-Haitien, l’accès à cette commune passe par la Grande Rivière du Nord,  Milot en transitant par Dondon. De l’Artibonite, on peut l’atteindre via St Michel de l’Attalaye. Arriver à St Raphaël par voiture relève presque de l’exploit vu de l’état  de sa route désastreuse, cahoteuse, boueuse et dangereuse par son  étroitesse. Difficile de trouver pire. C’est dans cette commune assoiffée de Compas direct que le 23 octobre 2009, Tropicana a animé une soirée dans le cadre de la fête patronale mise en veilleuse depuis 7 ans. La localité de Gabriel  a été l’heureux élu pour l’évènement.

C’est donc dans un esprit d’observateur aventurier que du Cap étant, je m’apprêtais à affronter au volant d’une 4X4 de fortune louée à prix d’or à une soit disant compagnie de location les trois heures de souffrance de ce voyage terrible en direction de st Raphaël. Aux environs de huit heures du soir, dans une obscurité effrayante, aucun signe d’une quelconque présence du courant de l’EDH sur cette route. Seule la lumière des phares procure un peu de clarté a ce décor fantomatique digne d’un film d’horreur hollywoodien.

Une allée droite déserte cernée par des arbres gigantesques mises en évidence par des halos de lumières bleus enjolivés par une plaine lune magnifique, je vis donc une sorte d’entrée coiffée de cette phrase écrite en rouge qui me parut magique “Bienvenue à St Raphaël”. C’était la fin de mon calvaire. Provisoirement en tout cas. Bienvenue” wow’ tout de suite j’ai compris la portée de l’événement. 

Une fois l’entrée franchie, j’ai du avancer très lentement. Les rues sont bondées de gens. L’humeur de la fête égaye rues visages.  Les machann fritay s’affairent à servir une clientèle. La musique, mise  à fond, résonne jusqu’aux confins des montagnes environnantes. Les bak tafya étalent toute les variétés des boissons alcoolisés version haïtiennes aux nomenclatures les plus désopilantes: kleren blan, lyann bande, zo reken. Je vous fais grâce des noms les plus osés.

Difficile de se frayer un chemin pour arriver a l’espace choisi pour accueillir les rois des champêtres : Tropicana d’Haïti. On se bouscule devant l’entrée. C’est l’affluence des grandes fêtes. Un terrain vide entouré par une grande muraille en bloc. Deux entrées exigües. Il s’agit d’une ancienne plantation de banane transformée en night club selon les dires des organisateurs.

Une fois à l’intérieur, j’ai eu beaucoup de mal à me diriger a cause de cette obscurité féroce. Seul le podium bénéficie d’un éclairage fourni par les lampes d’un cameraman. Les gens arrivent à se déplacer à la lueur des téléphones portables (vive la modernité !).  Ils sont venus de partout de la zone : Dondon, St Michel, Marchand Dessalines et bien sur du Cap.

Tropicana débute la soirée a dix heures pile. L’enceinte est déjà quasi remplie. Les têtes collées et les danses langoureuses du bas ventre commencent dès la première note. On n’attendait que ca. L’orchestre fétiche du grand nord enchaine succès sur suces (Ti Joceline, Veye priye, pran pasyans, frè kot papa etc.). La tension monte.  Nous sommes en plein délire. Les couples entrelacées se déchainent sans retenue aucune avec des tours de reins d’une sensualité violente, s’agrippant l’un à l’autre de façon presque désespérée. Comme un naufrage à une bouée de sauvetage, on se croirait à une orgie du temps de la Rome antique. C’est vraiment le ‘’tout est permis’’. Le tafia coule a flot.

‘’Se sa wi fèt chanpèt’’, me lance un vieillard proche de l’extase. La sonorisation est parfaite. La guitare discrète et précise de Pelota soutenue par une basse solide et mélodieuse agrémente  les solo langoureux du clavier. La section des cuivres, sous la férule de l’inusable et l’expérimenté Ti blanc, véritable chef d’orchestre, procure une sonorité sans pareille aux morceaux de Tropicana. Sans oublier ce quatuor de chanteur mené par le grand Parisien Fils-Aimé.

Tropik est en état de grâce et le public, très nombreux, en profite jusqu’à quatre heures du matin. ‘’Tropicana se wa champêtre wi nèg’’,  jubile un gars à la sortie comme pour me dire si vous aviez un doute,  la preuve vous saute aux yeux nèga pòtoprens.

Une soirée champêtre avec Tropicana, c’est une autre expérience musicale qui  va plus loin que la musique. C’est  d’une profonde spiritualité, comme un rituel, une aventure peut être même une folie me dis je en pensant a la calamité de mon chemin de retour a Port-au-Prince. Mais, le jeu en valait vraiment la chandelle

 

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